Ils l'ont dit

"Le pessimisme est d'humeur, l'optimisme est de volonté" [Alain Chartier]

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"Seules"

Lundi 11 septembre 2006

Elle ouvre les yeux, engourdis par une lutte nocturne incessante, voilés par un jour naissant mais hostile. Un combat quotidien éternellement recommencé. Et les habituelles pensées, toujours plus noires car trop ressassées, l’aggripent.
Qu’a-t-elle donné hier de plus qu’un sourire hypocrite et gratuit ? Que fait-elle maintenant pour se construire ? Pourquoi refuse-t-elle ce lendemain qui lui tend les bras ?
Son corps, engourdi d’avoir trop espéré l’harmonie, cherche l’éveil et elle l’en empêche ; elle passe la main dans ses cheveux, frustrés eux aussi par la tension ambiante. La bouche pâteuse, le corps en manque, les idées en rade, et la vie en vrac.

Vie de partage …
Partage de l’ivresse …
Ivresse du savoir …
Savoir en folie …
Folie d’une rencontre …
Rencontre de l’illusion …
Illusion de l’amour …
Amour falsifié, amour déguisé, amour perverti par le vertige …
Vertige d’une ultime danse, alors que la lune, pâle et triste, s’éteint à tout jamais sur cet horizon, obscurci par des années passées à contempler le monde qui s’effondre.

Raisonnement d’une jeune femme usée avant l’âge, usée d’avoir tellement rêvé : rêvé à s’en décrocher les paupières, pour les accrocher sur la dernière branche de l’étoile la mieux fixée du décor en carton pâte de ses rêves éveillés. Elle ne veut plus revenir dans le monde des illuminés de la réalité, à ne plus savoir comment parler pour qu’on l’écoute, à ne plus pouvoir entendre, voir, sentir, toucher, goûter, mourir, sans fermer les yeux.
Trop d’espoir en lambeaux, trop d’histoires en morceaux, elle n’en veut plus, elle n’en peut plus, lassée pour toujours ou au moins jusqu’à demain de cette valse de faux semblants. Elle veut simplement boire pour oublier, emportée par la folie d’une vie rêvée ou d’un rêve vivant.
Par * Andromède *
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Lundi 11 septembre 2006



Alors qu’elle claque la porte, elle sait déjà qu’elle le regrettera … et pourtant ! Quoi de plus éprouvant qu’une relation de combat, de solitude, d’exagérations simultanées, contrôlées et calculées ? Mensonges à soi-même, mensonges à l’autre, et sans le vouloir ils se sont perdus, l’un dans l’autre et l’autre dans l’un, à ne plus savoir comment s’en sortir, à choisir de fuir, pour toujours et à jamais.

Ce soir elle se couche seule, consciente dans sa chair de cette solitude, insouciante des tracas oubliés et oublieuse des instants dépassés. Un grand sentiment de lassitude l’envahit, à quoi bon ? Corps et esprit ne font qu’un, déchirés par une souffrance sans nom et sans consistance. Du vent dans les branches de sa mémoire lacérée.
Elle ne sait plus qui elle est, ni ce qu’elle veut, elle n’a plus d’idées et plus d’envies, elle se sent creuse ; un hurlement intérieur gronde pour qu’enfin on lui donne matière à remplir ce vide immense. Alors même qu’elle aspire à devenir ce qu’elle est, elle tente d’ignorer l’appel du désespoir, sourde à ce qui tente de la détruire, forte dans ses faiblesses car consciente de ses limites.

En Lui, elle avait mis toute sa confiance, elle s’était livrée pleine et entière, ignorante des vices de la vertu. Elle l’aimait comme on peut aimer quand on a la vie devant soi et peu à abandonner derrière : sans retenue ni faux semblants.
Elle avait décidé d’elle même de ne pas aller au devant de ce qui les attendait, d’ignorer ce qui les séparait et ceux qui voulaient lui faire croire qu’elle prenait des risques à s’exposer ainsi. Et devant les assauts trop nombreux, elle avait édifié ses remparts pour se protéger, elle se croyait hors d’atteinte et la chute n’en fut que plus douloureuse.
Machinalement, brutalement, inconsidéremment, comment savoir ? Elle ne se rappelle pas ce qui les a conduits ici, pourquoi elle ne sait plus se poser les bonnes questions, comment elle a pu abandonner ainsi ce qu’elle pensait être sa seule voie tracée, pensée, sensée.

Apaisement éphémère, des idées plein la tête et aucune motivation pour les mettre en œuvre, une vie sans objet, un corps sans désir et des mots maladroits. La voix rauque, les yeux humides, elle n’y peut rien, ils la regardent comme quelqu’un d’autre. Qu’y a-t-il de si différent aujourd’hui ? Elle est seule.
Il n’était plus rien, aucune importance, elle ne le portait plus dans son quotidien, dans son inconscient, alors pourquoi est ce qu’elle se sent mal ? Elle se sent sale de ne rien ressentir ; elle ne supporte pas les pleurs. Il la supplie et elle ne peut rien changer désormais à cette situation qui lui échappe. Peu importe, elle est insensible, immunisée, elle a appris à endurcir son cœur. Et après ? Elle est seule, et malgré tout le reste c’est tout ce qu’elle parvient à garder constamment à l’esprit.
Par * Andromède *
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Mercredi 18 octobre 2006

Une petite musique, qui progresse à tâtons sur le fil tendu de mon existence.

Un amour de chaton, qui joue avec ce fil, et me fait perdre patience.
Une mère attentive, qui veille sur son chaton, lui apprend la méfiance.
Au milieu de tout cela, je cherche sans y parvenir une consistance.


Alors que mes réflexions se noient dans le flot inintelligible du monde qui m'entoure, je regarde derrière moi. Mais tout est flou, le monde est fou, le monde s'en fout. Alors je m'enfuis, j'ai un faible pour cette fille et je feins la fiction d'une flamme sans fin, je fuis les affres d'une affligeante et futile fanfaronnade.


Une brume envahit un paysage étrange,
Qui prend des allures de seconde nature,
À l'aspect rugueux comme une orange,
Dont l'odeur contre ta peau me rassure.


Je n'y arrive pas. Laborieusement, j'essaie d'écrire. Mais je n'y arrive pas. Je crève de te confier ma détresse. À défaut, je lance au vent des accusations sans nom mais véhémentes, sans destinataire. Je vois la poésie dans ma tête, elle est pleine de mots, pleine de dessins, pleine de vie, de tristesse, d'amour, de joies, de peines, de photos qui se superposent et finalement se décomposent avant même que j'aie pris la pause. Je la vois cette poésie, je la vis cette frénésie, ... Pourtant, je n'arrive pas à la communiquer, je m'énerve toute seule devant mon impuissance à retranscrire, à partager ce qui m'habite.


Je saisis au passage une poignée d'étoiles filantes,
Je caresse du dos de la main l'herbe naissante,
Je cueille le fruit défendu et le dévore ardemment,
Me délectant du désir qui m'anime en cet instant.


À son possible nul n'est tenu, j'essaierai une autre fois, ce soir je n'y arrive pas. Je veux faire passer cette explosion de sensations, ce mélange d'attente fébrile et de satisfaction démesurée.
Par * Andromède *
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Lundi 23 octobre 2006
Je danse, je danse et je me noie ... Dans un tourbillon sans fin, juste pour me rappeler que j'existe, que je suis là, que je suis moi, que je suis bien.

Ce soir-là, je ne sais pas vraiment pourquoi je suis sortie. Peut être parce que pour la première fois depuis longtemps, c'est mon anniversaire et je suis seule. Je l'ai voulu, mais je ne m'y fais pas. Je n'aime pas être seule. Et cette fois ce n'est pas une solitude pour faire semblant, plus personne n'est là, parce que tous mes amis ici, en fait, étaient ses amis à lui. Je ne m'en rendais pas compte, il y a tellement de choses dont je ne voulais pas prendre conscience.
Quoiqu'il en soit, ma famille est loin, mes vrais amis aussi, alors il n'y a personne pour me sortir la tête de l'eau ce soir-là.

Donc je sors, je choisis une boîte hétéro, comme si j'avais quelque chose à me prouver, je ne sais pas quoi. La queue à l'entrée, les gens agglutinés à l'intérieur, la musique assourdissante, la chaleur suffocante, des corps qui se cherchent et d'autres qui se perdent. Moi je me cherche. Je danse mais je ne bois pas, je ne veux pas perdre le contrôle. Pas ce soir. Mieux, je veux tout contrôler, pour changer. Après un bref tour d'horizon, j'en repère un qui me plaît, il est en groupe mais je m'en moque, ce soir je maîtrise la situation. Je m'approche, attrape au vol son regard et ne le lâche plus. Nos corps se frôlent et son regard me fuit un peu, un instant seulement, gêné peut être, intimidé sûrement. Mais il ne fuit pas, il a du courage.  S'il savait ...

Deux heures plus tard, nous sortons. Il me propose un dernier verre chez lui, j'accepte. Nous y allons à pied, c'est un peu loin mais la nuit est chaude, propice à l'oubli et à la jouissance d'une soirée sans cris. Nous longeons la Seine, traversons une partie de Paris, il cache bien son jeu mais je sais qu'il m'emmène sur les sentiers balisés de LA promenade romantique dans Paris la nuit. Je fais semblant de ne pas savoir que ce n'est probablement pas le chemin le plus court pour aller chez lui. Je n'arrive pas à me détendre pour profiter de l'instant. Je suis dans une telle attitude de défi vis à vis de moi-même, et je ne cesse de me demander ce que je fais là. Plusieurs fois, je suis sur le point de lui dire, désolée je dois rentrer, ou alors simplement m'éclipser au détour d'une rue. Après tout, pourquoi pas ? Non, parce qu'il faut que j'aille jusqu'au bout.

Finalement, nous arrivons chez lui.

Par * Andromède *
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Mardi 24 octobre 2006


Nous voilà donc chez lui. Un bref instant d'hésitation, un ange passe. Accrochée au mur, une photo de lui sur un chameau, avec une femme, charmante, qui lui enlace la taille. Une photo de bonheur. Je lui demande qui elle est. Il me répond naturellement que c'est son ex. Je suis troublée par cette réponse, troublée par les sentiments contradictoires qui m'animent.
Il manque le détonateur à ce qui devrait être une explosion de sensations en moi. Je plante mon regard dans le sien, à la recherche d'une étincelle. Rien. Je ne sais pas ce que je veux, ce que je cherche.

Mais lui sait. Il s'approche, doucement, et, dans un soyeux baiser, effleure mes lèvres finalement offertes. Il est doux, tellement doux, je n'ai pas l'habitude. Pour moi, un homme c'est violent. Apparemment pas forcément. Je n'ai pas touché un homme depuis si longtemps ... Je me sens bien, en sécurité, il m'enlace de ses bras protecteurs. Ses doigts me frôlent, ses yeux me dévorent déjà. Pourtant oui, il y a quelque chose, un petit je ne sais quoi au fond de moi qui me dit que quelque chose ne va pas, mais je ne parviens pas à déterminer ce que c'est. Il sent bon, il sent le désir qui s'exprime, la sensualité épanouie, la tendresse incarnée.

Le trouble grandit en moi, des idées bizarres m'envahissent. Je pense trop, ne parviens pas à me laisser aller. Que se passe-t-il ?

D'instants troublés en instants recherchés, il me déshabille, je le déshabille, presque mécaniquement. Il est beau, et il glisse au creux de mon oreille, avec son drôle d'accent, des mots d'amour d'un soir, des mots d"espoir. Je ferme les yeux pour mieux sentir sa main, je m'agrippe à lui, j'ai trop peur de me noyer ... Je ne sais toujours pas pourquoi, mais je le laisse faire, je fais même semblant d'être bien. J'y croirais presque ...

Il s'est endormi, et je fixe le plafond, sa tête posée sur mon épaule, et mon bras qui commence à s'engourdir. Je sais ce qui clochait : à aucun moment je ne l'ai désiré vraiment. Je crois que j'avais besoin, ce soir, de me prouver que j'étais capable de coucher avec un homme, oui. À quoi bon ? Alors je sais, j'en suis capable, mais le désirer est autre chose.

Il y a ceux que je ne désire pas mais avec lesquels je peux coucher.
Il y a ceux que je désire mais avec lesquels je ne veux pas coucher.

Et puis il y a celles. J'ai faim, faim de vous toutes qui me regardez quand je vous souris, faim de celles qui se font sensuelles juste pour jouer, faim de celles que je dévore d'un simple regard mais ne veux pas toucher, faim de celles qui font naître en moi un désir sans fin ...


Par * Andromède *
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Mardi 14 novembre 2006

Parce que je ne veux plus écouter ces voix qui veulent me garder dans le droit chemin. Parce que dans ma tête, les pensées se bousculent au rythme des envies du monde qui s’effondre.

Parce que je ne sais plus ce que je dois faire pour être fière, pour reste honnête envers moi-même.

 

Pour toutes ces raisons je dois arrêter, stopper cette vie que j’ai construite mais qui n’est pas la mienne. M’éloigner de ces influences détestables et que je déteste, m’enfoncer un peu plus loin dans ma recherche de ce que je suis, ne pas me bloquer des issues pour la simple raison qu’elles ne sont pas celles dont j’ai un jour rêvé. Je ne suis plus cette personne qui rêvait endormie, aujourd’hui je rêve éveillée, et je dois m’en accommoder, en prendre conscience vraiment pour ne pas m’effacer lentement.

 

Je veux crier mon besoin d’exister telle que je me ressens, mais pour cela je dois d’abord trouver les mots pour m’expliquer, et savoir où j’ai envie d’aller. Je sens qu’une cause plus grande m’appelle, qui dépasse ma vie et ce que j’ai commencé à en faire.

 

Je suffoque dans mon corps et dans mon quotidien, j’ai besoin d’oxygène, j’ai épuisé mes réserves, déjà minces. Mais je suis impuissante, je ne sais plus comment changer ma bouteille, peut être ne l’ai-je jamais su ? M’a-t-on seulement appris à vivre, à respirer l’air dont j’avais besoin ? Est-ce que ça s’apprend ? Je n’en sais rien, je ne sais plus rien. On  m’a simplement dit : « Tiens, voici la bouteille qu’il te faut pour vivre, c’est ce dont tu as besoin, c’est ce qui est bon pour toi. Non, ne pose pas de questions, car nous n’avons pas de réponses. Personne ne pose jamais la question. Accepte l’évidence, tu es ce pour quoi tu es née, tu feras ce qu’on attend de toi, tu croiras sans remise en question. Seules les remises en question banales, de façade, sont autorisées sur ce monde. Le reste est parfaitement inutile ».

 

Comme il m’est douloureux aujourd’hui de passer à l’état d’éveil, de conscience, alors que ma vie déjà m’a dépassée, s’est construite sans me demander vraiment mon avis. Le temps s’est enfui et moi je n’ai rien dit. Pourtant désormais c’en est fini, je ne dirai plus oui, je ne dirai plus non, je chercherai la troisième voie, ma troisième voie, sans me préoccuper du poids du passé, si léger à vos yeux mais si pesant sur mes épaules.

 

Des souvenirs me reviennent par bribes. Un rire cristallin qui court dans les branches et se perd dans le printemps, j’ai cinq ans, c’est mon anniversaire aujourd’hui, ils sont tous venus, et je suis si heureuse. Déjà je regarde le monde dans les yeux, mais je ne comprends pas. Je ne prends pas conscience de ce que je ressens réellement : un grand malaise. Je ne le comprends pas parce qu’on m’a dit qu’au contact des autres, je devais me sentir bien, épanouie : on me dit « ressens » et je ressens, je n’ai pas été élevée dans la contestation. Il y a cette femme que je ne connais pas, pourquoi ai-je l’impression de l’avoir déjà vue ? J’ai été bien élevée, dans ma petite robe à fleurs je la gratifie d’un sourire et lui murmure un timide « bonjour madame ». Elle porte un paquet minuscule, elle me le tend. Sur un petit tableau, mon prénom est calligraphié, portant l’inscription « pour tes 5ans ». Ma mère se penche sur mon épaule, son odeur est douce et me rassure. Elle sourit, je le sens et, dans un souffle me dit : « cette femme en face de toi ma chérie, c’est une sage femme, c’est elle qui t’a mise au monde ». La sorte d’émerveillement que je sens poindre dans sa voix se répand en moi également, je suis ce qu’elle ressent. Un sourire béat illumine mon visage sans que je comprenne vraiment pourquoi. Le miracle de la vie ?

 

Ce morceau de souvenir, je ne l’oublierai pas. Pourquoi ? Je n’en ai aucune idée. Aujourd’hui, j’aurais tellement de questions à poser à cette femme qui donnait la vie, qui m’a donné la vie. Mais elle s’est donné la mort.

 

Mes rêves et mes souvenirs se confondent en une masse indissociable, je m’en inquiète parfois.

Par * Andromède *
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