J'ai voulu l'attendre.
Parce que j'ai pensé en être capable.
Parce que je n'ai jamais perdu l'espoir.
Parce que, même si elle me disait qu'entre nous il n'y aurait rien, son attitude me disait le contraire.
Parce que j'ai cru que l'attendre ne m'empêcherait pas de vivre.
Parce que j'avais peur. De la facilité de l'effacement, de la douleur de l'oubli.
Je croyais que renoncer à elle, renoncer à la voir, à l'entendre était au dessus de mes forces. Je croyais que la voir sans pouvoir la toucher était toujours mieux que de ne pas la voir du tout.
Tous ces instants partagés, privilégiés, cette proximité de corps et d'esprit ... Elle faisait déjà partie de moi, comment aurais-je pu m'en détacher sans me perdre moi-même ?
Finalement, hier j'ai pris ma décision. Je me suis évadée de cette prison que j'avais créée.
Je lui ai écrit :
"Voilà, ma vie ici a repris. Des hauts, des bas, des joies, des peines. Un zeste de solitude, cette solitude qui se noie dans la masse des gens qui m'entourent, qui pourtant me sont chers, mais ne peuvent rien pour m'éviter ce petit pincement au coeur. Je m'occupe presque frénétiquement, je ne me laisse pas une minute de répit, volontairement. C'est toujours comme ça ici. Pas envie de me retrouver avec moi même. Mais cette fois ci je n'ai pas pu l'éviter, il arrive toujours un moment où il faut s'affronter. Je passe mon temps à me mentir à moi-même, à me voiler la face, à ne montrer que ce que je veux que les autres voient ; c'est si peu. Je suffoque en moi-même.
Cet été m'a tellement changée, en quelques mois je ne me reconnais plus, et c'est angoissant. Vraiment. Si peu de certitudes aujourd'hui, alors que j'en étais pétrie hier.
Alors voilà ... j'ai réfléchi. Le mot est faible. J'ai mis mon âme à l'envers, pour voir ce qu'il en restait. Je ne sais toujours pas où je vais, ni même comment.
Mais je sais que ce sera sans toi.
Je ne veux plus te voir, je ne veux plus t'entendre ni te lire non plus. J'aurais dû prendre cette décision bien avant, si seulement j'en avais été capable ... Pourtant j'ai continué, je me suis entêtée dans une relation qui me fait du mal (pas seulement, bien sûr, mais ...), qui ne t'a pas fait que du bien non plus. J'ai essayé jusqu'au bout de me persuader que tu pouvais n'être "qu'une amie" (et toujours, cette expression m'écorche la bouche, car c'est déjà tellement). Que je voulais aller vers une relation saine avec toi, que j'arriverais à ne plus espérer. J'y ai cru un moment. Mais même cela ce n'était qu'un mensonge que je te faisais, que je me faisais aussi.
Ce n'était une fois de plus que pour me rapprocher de toi, pour faire tomber les barrières que tu as dressées, parce que j'espère encore.
J'aimerais pouvoir te dire tant pis, c'est comme ça je m'y ferai, mais je ne peux que constater que ce n'est pas le cas, que ce ne sera jamais le cas.
Je n'y peux rien, je frémis lorsque tu m'effleures.
Parfois nous avons le choix, de renoncer à une chose, à une personne pour pouvoir continuer d'exister, en essayant d'être heureux, ou en tous cas pas trop malheureux. Je choisis de vivre, je renonce à toi, parce qu'avec toi je n'y arrive pas, je n'arrive pas à aller de l'avant sans couper les ponts. J'en suis sincèrement désolée.
J'espère ne pas te faire de mal inutilement.
J'espère que tu me connais assez pour savoir que ça ne peut pas être mon but.
J'espère que tu comprends.
J'espère que tu trouveras ton bonheur, tu le mérites.
Merci pour tout."
Elle m'a répondu. Juste quelques mots. Je les ai lus malgré ma décision de ne plus la lire.
"So ... Au revoir et même adieu, en somme. J'espère que tu trouveras ton bonheur et tout ce que tu cherches ..."
Voilà, c'est fini. S'en est suivie une soirée passée à ressasser des idées noires, à regretter. Je me lève pour attraper mon téléphone, je compose son numéro. Puis non, je raccroche. Une fois, deux fois ... à la quatrième fois, je prends mon sac et je sors. Je me promène le long de la Seine longtemps. Je rentre, exténuée. L'envie de l'appeler m'a fuie. Ce matin, en me réveillant, le regret n'est plus, la douleur s'ést estompée. Ce poids sur le coeur, cette attente de tous les instants qui m'étreignait ces derniers mois n'est plus là.
Je me sens libre, tellement libre.
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