Me voilà dans le train, je rentre à Paris et je n'en ai aucune envie. Une sourde angoisse m'étreint : que vais-je faire lorsque, toi aussi, tu seras rentrée ? Je n'aurai alors qu'une envie, je le sais : t'appeler, te voir, t'embrasser, te serrer fort contre moi. Mais même si tu me laissais faire tout cela, même si tu cédais parce que je te manque trop, parce que tu m'aimes, parce que tu en as terriblement envie toi aussi, finalement ... à quoi bon ? Ces quelques mots que tu m'as si souvent répétés "à quoi bon". Je veux que tu m'aimes, et que tu veuilles plus que quelques jours, quelques semaines, quelques mois avec moi. Je veux que tu m'aimes et que tu ne penses plus aux hommes avec lesquels tu n'es pas lorsque c'est avec moi que tu es. Alors raisonnablement, je ne devrais même pas penser à te revoir, parce que j'en souffrirai, d'une manière ou d'une autre, dans un moment immédiat ou un peu plus lointain. Et pourtant ... La même folie qui revient sans cesse : peu m'importe, du moment que tu es dans mes bras. Est ce que je peux souffrir à l'infini juste pour te sentir contre moi, pour me réveiller à tes côtés, pour m'endormir après t'avoir écoutée me dire n'importe quoi parce que toi, tu dormais déjà ? Je ne sais pas.
J'ai pensé à O... aujourd'hui. J'étais allée prendre un verre avec des amis avant mon départ. La chanson "unintended" de Muse est passée, "notre" chanson. Je lui ai envoyé un texto "Rien à faire, je m'envole toujours vers nos souvenirs quand j'entends Muse chanter Unintended". J'ai repensé à toutes ces choses que j'avais vécues avec lui, bonnes ou moins bonnes, et j'en ai ressenti une grande nostalgie. J'ai pensé à la manière dont il m'aimait : passionnément. J'ai pensé qu'il était prêt à tout pour moi, qu'il m'aimait inconditionnellement, déraisonnablement, durablement, qu'il voulait passer sa vie avec moi. J'ai pensé, comme dans un souvenir très lointain, à la sensation que cela procurait de se sentir aimée en sachant que la personne sera encore là le lendemain. J'ai pensé combien je l'avais aimé, et j'ai pensé à tout ce mal aussi. Pourtant il me manque parfois. Mais notre histoire est usée, nous avons raté notre chance. Il était trop tôt, et maintenant il est trop tard, la vie nous a séparés durablement.
Il m'a simplement répondu : "oui, je connais cette sensation ... content de voir que j'ai quand même laissé une petite trace dans ta mémoire".
Je suis allée voir ma grand-mère à l'hôpital aujourd'hui, avant de prendre le train. Je ne l'avais pas vue depuis son hospitalisation, les visites la fatiguent et fière comme elle est, elle ne voulait pas que je la voie dans son état. Mais je partais, et je ne savais pas quand je la reverrais. Alors j'y suis allée. Ma mère me décrivait son état jour après jour, me disant les progrès, les améliorations... Pourtant, aujourd'hui en la voyant j'ai eu un choc. Je me suis sentie très mal à l'aise, pas à ma place. Et pourtant. Elle était très contente de me voir. Mais ses mots ont été rares, elle semblait épuisée, elle a perdu 10kgs en 2 semaines. Plus que l'ombre d'elle-même. C'est une femme très forte, avec un caractère impossible, très dynamique, qui supporte très mal d'avoir tort et qui n'admet pas que son corps puisse avoir des limites. Elle que j'ai toujours vue si pleine de vitalité, j'ai eu aujourd'hui l'impression qu'elle était en train de lâcher prise et de se laisser aller. Elle parle sans cesse de mon grand-père qui n'est plus là. Elle dit que depuis sa mort, sa vie ce n'est qu'un vide qu'elle essaie de remplir. Elle pleure. Ca a été très difficile de la voir ainsi. Vraiment. Si fragile...
Pour finir, j'ai dit au revoir à mes parents, tristes de me voir partir, comme toujours... Je n'aime pas dire au revoir à ma mère lorsque je pars, parce que je la sens trop triste. Anormalement triste.
Je vais essayer de revenir très bientôt, parce que je n'ai pas eu le temps de voir mon frère aîné. Enfant, je voyais mes parents qui ne voyaient pas leurs frères et soeurs très souvent, et je ne comprenais pas comment c'était possible, alors qu'ils avaient habité ensemble si longtemps... Je me souviens d'une fois, lorsque nous habitions encore tous chez mes parents, j'avais dit à mon frère, alors que je devais avoir 8 ou 9 ans : "Dis, ça ne nous arrivera jamais de nous voir qu'une fois par an quand on sera grands, on s'aime trop, hein ? Parce que moi, si on se voit pas plus souvent tu me manqueras quand on n'habitera plus ensemble. Et comme on peut pas habiter toute sa vie avec ses frères et soeurs ...". Il m'avait pris dans ses bras et il m'avait dit que je pourrais venir chez lui quand je voudrais.
Je n'ai pas vu mon frère depuis Noël... 8 mois !
Aujourd'hui tu m'as envoyé un texto disant : "Hmm. 2 ou 3 jours sans nouvelle de ta part. C'est rare. Bon retour à Paris.". Je t'ai répondu par un long texto, que je n'allais pas très bien, que ce retour à Paris m'angoissait, que je n'étais pas prête, etc...
Je ne veux pas rentrer à Paris ... Vraiment pas.
J'ai, comme d'habitude, rêvé de toi cette nuit. Nous étions dans une sorte de camping, il pleuvait beaucoup, et je cherchais ma soeur parce que nous avions été expulsées de notre emplacement dans le camping, mais je ne savais pas dans quelle tente elle était. Je ne me rappelle plus très bien de cette partie du rêve. Je sais qu'ensuite, nous nous retrouvions dans un autre endroit, il y avait ton frère et une autre personne, mais je ne sais pas si c'était un homme ou une femme. En tous cas, il pleuvait toujours, nous étions devant une buvette qui servait des frites et des pizzas, dans une sorte de centre de vacances, et nous attendions pour manger, tout en discutant. Je sais que nous n'étions pas ensemble, mais ce n'était pas très clair pour moi en tous cas. Nous parlions de tout et de rien, et tu me lançais sans cesse de petites piques désagréables, sous forme de blagues. A chaque fois, ton frère me regardait, comme si il attendait une réaction de ma part. Petit à petit, cette situation m'énervait de plus en plus. Finalement, après une énième pique, je réagissais, et je disais que si tu ne voulais pas me voir et si ma présence ici n'était pas souhaitée, ce n'était pas la peine de me proposer de venir. Je concluais en jetant mon sac par terre et en disant que de toutes manières je n'avais plus envie d'être là, que tu étais trop désagréable, et que je m'en allais. Je partais, mais je voyais autour de moi des choses étranges, comme annonciatrices d'un danger. Je croisais un personne masquée avec un poignard très long dans la main. Cette personne s'approchait de toi. Elle te voulait du mal, du moins c'est ce que je ressentais. Et toi, tu la provoquais, tu l'insultais. Elle levait son poignard vers toi, et tu ne réagissais pas. Alors je lui sautais dessus et je lui prenais son poignard, je la menaçais, mon poignard dans sa nuque, et toi tu t'approchais de moi, dans mon cou, tu me murmurais à l'oreille de tuer cette personne. Tu me demandais de le faire pour toi, pour te venger. J'hésitais, ma main tremblait. D'un côté, je sentais que je devais le faire. D'un autre côté, je n'étais pas vraiment moi même, et je savais que tu te trompais. Je ressentais une pression énorme, et une angoisse oppressante. Finalement, je lâchais le couteau, la personne se retournait et te souriait, et moi je te disais, mais enfin, je ne vais pas la tuer, c'est une blague, elle ne te menaçait pas vraiment. Tu ne disais rien, je ne te voyais pas, tu étais derrière moi, il pleuvait toujours beaucoup, nous étions trempées, et je ne voyais plus grand chose, mais je sentais tes mains qui remontaient le long de mon corps alors je me retournais, tu me souriais, et tu me caressais tout le corps, je te touchais aussi, puis tu m'embrassais, longuement, c'était très doux, et tendre. Ton frère était toujours là, il nous regardait, sans surprise. C'est là que je me suis réveillée.
Mon train entre en gare, me voici à Paris. Quelle tristesse...
Rien ni personne ne parvient à me changer les idées assez pour que je ne pense plus à toi. Je me couche, et je pense à toi. Je suis dans mon lit, et je revois des tas d'instants ici qui me ramènent à toi. Des nuits sans toi, mais durant lesquelles je savais que je te retrouverais. Des heures au téléphone avec toi. Des heures de vide, de creux, à attendre un texto de toi.
La boucle est boucléee, me voici de retour et je n'ai pas avancé d'un pouce durant ce séjour sur lequel je misais pour prendre mes distances, pour passer à autre chose. Mais je n'ai rien fait pour... Je t'attends.
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