Ils l'ont dit

"Le pessimisme est d'humeur, l'optimisme est de volonté" [Alain Chartier]

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Jeudi 24 avril 2008

Je vois ton nom, Liberté, écrit sur tous les pavés. Pourtant, jamais je ne te vois. J’ai appris à prendre et placer, j’ai appris à mes dépens. Aujourd’hui, juste envie de me laisser porter vers des cieux moins cléments. J’ai envie de toucher, de courir et d’atterrir. En douceur, en souplesse, simple délicatesse. Liberté, je te regarde droit dans les yeux, et je te tournerai peut-être le dos. Peut-être. Je me livre à toi pleine et entière, je t’ouvre mon cœur et sur l’autel des envies du monde je te délivre cette question : que faire de ma vie ? J’oscille, vacille et scintille. Je calcule, recule mais finalement bascule.  

Oh et puis, tu sais quoi Liberté ? Finalement je crois que je vais m’asseoir ici, et juste te regarder passer. Fatiguée de ta quête dépassée. J’en ai assez de tes tergiversations, de ton manque d’attention, de tes malversations. J’en ai assez de me lever chaque matin pour t’imposer aux frondes de ce monde. À coups de bombes. Assez de plaider ton abstrait concept pour des hommes privés, amputés de toi Liberté !  

Alors oui, je vais m’asseoir ici, juste dans un coin, et regarder ce que ça donne quand je ne fais rien. Rien de plus et rien de moins… Tu me trouves défaitiste ? Pessimiste ?

Alors explique moi, toi qui sais, explique moi pourquoi le monde sera meilleur lorsque je me serai levée, lorsque j’aurai envoyé valser les faux papiers des sans papiers, pris d’assaut toutes les prisons pour libérer tes amputés, crié au monde que c’est pas bien de séquestrer, tiré sans fronde dans les jardins de l’Elysée.

Explique-moi, parce que je ne comprends plus. J’ai cru que tu étais la voie, j’ai vu qu’il n’y avait que toi. J’ai cru qu’en suivant ton sillon, n’importe qui pouvait prétendre au bonheur. J’ai cru, mais aujourd’hui je vois le mal que j’ai fait, les verres que j’ai brisés, les traces que j’ai laissées, indélébiles dans le cœur d’une femme, d’un homme, d’un enfant. Je vois les morts chaque nuit, je vois les explosions, celles qui devaient reléguer aux oubliettes la vieille société sclérosée, celles qui devaient mettre fin à l’oppression qui n’était peut-être que dans ma tête, ou presque. J’ai tué, et si j’avais pu faire plus, je l’aurais fait, pour toi Liberté, ma liberté, mon amour.  

Mais là, tu vois Liberté, j’ai juste envie de t’insulter. Je ne vais plus t’écouter, plus te regarder,  simplement te laisser filer. Ne te retourne pas Liberté… On se reverra en enfer.

Par * Andromède * - Publié dans : En vrac
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