Ils l'ont dit

"Le pessimisme est d'humeur, l'optimisme est de volonté" [Alain Chartier]

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  • : Quand l'écriture devient art de vivre
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  • : Vie perso / Journal intime
  • : L’écriture ? Bien sûr, c’est un art. Qui fait vibrer, pleurer, sourire. Pour moi, c’est surtout un besoin, un miroir, une passion. J’espère piquer votre curiosité, éveiller votre sensibilité, enflammer votre imaginaire. Sans prétention ;)
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Mercredi 23 mai 2007
Je me baladais à Paris dans le 12ème, lorsque je vis soudain, devant moi, un couple assez âgé avec un air profondément choqué devant les affiches pour les législatives d'un espace d'affichage officiel.
Je m'approchai pour voir ce qui provoquait cette réaction : rougissement, bouche ouverte, petits regards autour d'eux, puis finalement de petits "oh" outrés.
L'objet de ce choc, le voici :



J'ai vérifié, et apparemment l'affiche ne s'était pas égarée, cette personne est vraiment candidate. Cindy'lee voulait même se présenter aux présidentielles, mais elle n'a pas pu, faute d'avoir obtenu les 500 signatures (rhô, comment se fesse, heu, se fait-ce ?).

Allez, pour le fun, je vous joins son programme (pas d'inquiétude, ça tient, de manière étonnante ;), en peu de mots ...) :



Ahlala, mais dans quelle société vit on ... ?
Je ne vote pas dans la 7ème circonscription ... ;)


Par * Andromède * - Publié dans : En vrac
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Mercredi 16 mai 2007

J'en étais donc à cette soirée.
Je pris un verre et engageai la conversation avec un jeune homme. Sa discussion était intéressante, il avait de l'humour, et il m'emmena rapidement sur un terrain qui me passionnait : l'écriture. Il ne voulut pas l'avouer facilement, et je dus arracher l'information à sa soeur qui se joignit à la conversation, mais en fait, il était écrivain, jeune auteur dont le 1er roman était sorti il y a peu.
Je le cuisinai gentiment sur ses rentrées d'argent pour savoir s'il parvenait à en vivre, mais il s'avéra rapidement que le sujet le gênait. On ne parle pas d'argent, c'est mal élevé ;) Pourtant, j'étais curieuse de savoir combien un auteur pouvait toucher pour son premier roman. Je n'eus aucune indication. Nous parlâmes de ses thèmes d'écriture, il se définissait comme "poète urbain". Il écrivait sur les banlieues, sur les injustices, sur la justice, sur la société telle qu'il l'analysait ... J'étais emportée par cette discussion et par ce jeune homme qui avait su piquer ma curiosité par sa modestie.
Il dut partir assez tôt, mais me laissa son adresse mail.

J'émergeai à nouveau dans la soirée, et ma première pensée fut pour elle. Je la cherchai du coin de l'oeil, et lorsque qu'enfin je la trouvai, un grand trouble m'envahit : la personne avec laquelle elle était en discussion n'était autre que son ex, X... .  Ils étaient tous les deux assis sur un canapé et semblaient parler comme si le monde autour d'eux, en dehors d'eux n'existait pas. Je l'avais déjà croisé plusieurs fois dans des soirées alors qu'il ne s'était encore rien passé entre moi et M..., ils étaient restés "amis", ils avaient le même groupe d'amis. Elle avait habité avec lui pendant 1 an, ils avaient vécu une relation assez passionnelle tous les deux, et du jour au lendemain, elle l'avait finalement quitté, sans raison, juste parce qu'elle s'était lassée, parce qu'elle ne le supportait plus. Et maintenant il était là, en train de parler avec elle, les yeux dans les yeux, et elle ne le quittait pas du regard. Non seulement elle allait à l'encontre de la règle de la soirée, mais en plus je ne voyais pas du tout ce qu'il faisait ici. J'appris plus tard que c'était elle qui lui avait proposé de venir ...
J'étais très déstabilisée, et je n'avais qu'une envie : aller les voir et le remettre à sa place en reprenant la mienne. Je ne le fis pas et heureusement probablement. Je n'en avais aucun droit. Notre relation n'avait rien d'officiel. De plus, je savais qu'elle réagirait agressivement en se sentant surveillée par moi et en me sentant possessive. Alors je ne fis rien, je laissai faire ...

Je me dirigeai vers un nouveau groupe de personnes. Je donnai le change, mais mon regard et ma pensée n'avaient de cesse de dévier vers eux ... Et jamais elle ne me voyait, son regard ne croisait pas le mien, parce qu'elle n'en avait que pour lui. J'enrageai intérieurement.

Une fois, pendant la soirée, je la croisai alors qu'elle allait aux toilettes, et je l'attrapai au passage, l'attirai à moi et lui demandai "qu'est ce que tu me fais là, avec X... ?". Elle me fixa d'un regard trouble, et je vis qu'elle avait trop bu. Elle me répondit pourtant pleine d'aplomb :
"Rien, je ne vois pas ce que tu veux dire. C'est mon ami, je te l'ai dit, ne sois pas jalouse de mes amis".
Et elle se dégagea.

Je me dirigeai vers le bar, et j'entamai une conversation avec la première personne qui passa. C'était un homme, d'une trentaine d'années, grand, large d'épaules, rasé de près, les cheveux coupés très courts, une allure très classe. Il sentait le parfum et portait un polo rose pâle et blanc à rayures. Il sentait bon, il était beau, il parlait fort. Il me parla et me servit un verre.

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Samedi 5 mai 2007


 

La journée du lendemain
sembla s'étirer à n'en plus finir.
Le soir arriva finalement.
Arrivée devant sa porte, j'hésitai : et si je faisais demi tour ? Si je fuyais tant qu'il était encore temps ? La réponse était évidente : si je fuyais, elle ne me rattraperait pas, et je regretterais de ne pas être allée jusqu'au bout. Car même lorsque je sais que je fonce droit dans un mur, j'ai besoin de l'impact pour faire demi tour, ou contourner, selon. J'avais besoin d'aller au bout de cette relation. Masochiste ? Peut être. Ou persévérante. Parfois cela fait mal ou joue des tours, mais cela peut aussi porter ses fruits.

Je frappai à sa porte. Elle vint m'ouvrir et s'effaça pour me laisser entrer.
Je n'entrerai pas dans les détails de cette soirée.
La tension était forte, l'attirance aussi, mais nous passâmes la soirée, la nuit même à partager ce que nous ressentions, ce que nous voulions. Peu à peu, ma pensée se clarifia, à l'écouter, à la sentir contre moi, à lui parler. Et il devint vite évident que je n'envisageais aucune relation, même avec elle, sans fidélité. Je lui en fis part. Elle me dit qu'elle ne savait pas si elle en était capable, être fidèle à une femme.
Finalement, nous nous endormîmes dans les bras l'une de l'autre.

Comme souvent, elle se leva à l'aube, elle avait un avion à 7h.
Je me réveillai plus tard. Elle m'avait laissé un mot sur le miroir de la salle de bain :
"Guapa, je peux t'aimer. C'est une chose pourtant que j'ai du mal à m'avouer encore. Je sais déjà que tu vas me manquer dans les jours qui viennent et je n'ai qu'une hâte : te retrouver. Je veux nous donner une chance, alors oui, cette fois ci je m'engage. Je t'ai laissé les clés, tu peux les garder. Ferme bien la porte. Tendres baisers."

Lorsque je la retrouvai 3 jours plus tard, toute tension entre nous semblait disparue.
S'ensuivirent 2 semaines où nous nous vîmes aussi souvent que nous le pouvions à ce moment-là : peu. Des soirées volées, des moments arrachés à l'heure du déjeuner lorsqu'elle était à Paris.
Si dans les mots tout allait bien, il n'en était pas vraiment de même dans les actes. Physiquement, elle avait toujours un blocage certain. Si les moments passés ensemble étaient très tendres, cela s'arrêtait là, car elle se fermait dès que mes caresses ou mes baisers se faisaient trop insistants. Nous en parlions, et elle me disait qu'elle n'y arrivait pas, que malgré l'attirance qu'elle pouvait ressentir pour moi, il y avait toujours un moment où ressurgissait cette simple idée qui la bloquait : j'étais une femme.
Tout ceci finit par prendre une ampleur considérable dans notre relation, et devint sujet de tension. Car finalement, elle en arriva à me dire que malgré son engagement envers moi, ce dont elle avait sexuellement besoin c'était d'un homme. Ainsi, elle en conclut qu'elle était engagée, mais sur un chemin pour un bout de promenade ensemble. Qu'à un moment donné, nos chemins se sépareraient. Que cette rupture viendrait probablement de ce blocage physique, car malgré les sentiments forts qui nous unissaient, nous étions toutes les deux des femmes, avec des besoins, et que nous ne pourrions pas tenir indéfiniment dans cette situation.
Alors oui, forcément, ce discours créait des tensions dans notre couple, au moins autant que les choses sur lesquelles il portait.

C'est dans ce contexte, avec une relation bancale, que nous nous retrouvâmes un samedi soir dans une soirée chez une amie à elle. Le principe de la soirée : personne ou presque ne se connaissait, et il était interdit de parler aux gens que nous connaissions. nous arrivâmes donc ensemble, et nous nous séparâmes une fois le pas de la porte franchi, pour nous diriger vers des groupes inconnus ...

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Lundi 30 avril 2007

Voici une parenthèse dans mon récit, pour vous faire part d'un texte qui m'a touchée. Je m'aperçois que M... a pris une place considérable ici, et qu'elle semble être ma seule préoccupation. Pourtant, bien au-delà, ma vie en ce moment est le lieu de grandes remises en question. Je suis jeune, et je me questionne. Sur mon avenir, sur mon présent, sur cette vie que j'ai créée, à laquelle je me suis pieds et poings liée, mais dans laquelle à présent je suffoque. Je suis en ce moment à la croisée des chemins, avec des choix à faire et la peur au ventre. La peur de me tromper, la peur de m'enterrer, la peur de regretter un jour. La peur qui paralyse, la peur où je m'enlise ...


Aujourd'hui donc, je me suis présentée dans les bureaux de l'administration de mon université, avec dans la tête toujours ces pensées à resssasser, mes hésitations et mes doutes, mes incertitudes, mes passions, mes projets, mes craintes. Et je me suis assise. Pendant la saisie de mon dossier, mon regard, à l'unisson de mon esprit, s'est perdu dans le flou du monde qui m'entourait. Perdu jusqu'à un certain point : jusqu'à ce texte au mur, que la femme qui effectuait la saisie de mon dossier avait soigneusement fixé. J'ai essayé ici d'en reproduire les mots comme la typographie, mais celle-ci n'est pas tout à fait fidèle à l'original. Sans vraiment y penser, je commençai à le lire "j'ai décidé que ...". Je basculai dans un autre univers, je frissonnais, je palis, je n'arrivais pas à détacher mes yeux du texte. Pourtant j'entendais qu'on me parlait, mais j'étais déconnectée, ailleurs. Je lisais le texte. Et, de manière un peu incompréhensible, et surtout très rare pour moi, je fus simplement bouleversée par ces quelques mots. Au bon endroit, au bon moment. Je ressentais une sensation étrange : comme de l'ivresse, je me sentais vacillante.
Finalement, je suis sortie de cette torpeur, j'ai regardé la femme assise face à moi qui me dévisageait et je lui ai dit "c'est un très beau texte". Je lui ai demandé de me le prêter quelques minutes pour en faire une photocopie. Flattée, mon interlocutrice s'en est chargée elle-même.

Alors voilà ... Je vous fais partager ce texte, bien consciente toutefois que s'il ma touchée dans l'état d'exprit où j'étais à ce moment là, vous resterez peut être complètement extérieurs à celui-ci. Tant pis, je crois tout de même qu'objectivement, c'est un très beau texte.


j'ai décidé que ...

enfin, je n'ai pas vraiment décidé, j'ai eu le sentiment comme ça sur
un bord de trottoir, de vivre à côté de ma vie. Je me demandais pourquoi
je restais attachée à des choses, à des gens qui n'avaient plus
d'importance. Mes mots, mes gestes ne m'appartenaient

plus et je suivais ma vie comme un chien

obéit à son maître. Je la tenais, cette

vie, bien serrée de peur

que s'en échappe ce

que je croyais

être l'es-

sen-

ti-

el.

-

-

-


Mes bras se sont ouverts et c'est le superflu que j'ai vu s'envoler.

maintenant je me sens vide et légère.


Elisabeth Carpentier
Par * Andromède * - Publié dans : Battements de coeur
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Lundi 23 avril 2007

Mon amour, mon amour ... Je tirai la couette sur moi plutôt que de fermer la fenêtre, et me blottis au creux du lit, le chat s'enroulant autour de mon cou. Qu'es ce que j'aimais en toi ? En réfléchissant objectivement à ce que tu étais, je n'arrivais pas vraiment à comprendre : tu étais menteuse (la franchise étant pour moi la plus belle qualité). Tu fumais et buvais beaucoup (je fus horrifiée en comptant le nombre de fois où je t'avais vue à jeun). Tu étais incapable de rester au même endroit plus de quelques semaines (parce que tu t'ennuyais vite, des lieux, des gens ...). Tu t'apprêtais, complètement convaincue, à voter Sarkozy (très difficile à avaler pour moi). Tu ne ratais pas un match de l'OM (je déteste le foot). Tu étais manipulatrice, instable, terriblement séductrice avec tout le monde, et prétentieuse ... Alors ?
Alors : tu mentais très mal (il me suffisait de te regarder dans les yeux pour voir ton mensonge). J''aimais même quand tu fumais et buvais, parce que tu le faisais comme tu vivais : sans complexe, libre, sans mesure, déraisonnable. Oui, tu votais Sarkozy, et pourtant il me semblait lorsque je parlais avec toi que c'était une erreur, parce que ce n'était pas vraiment en adéquation avec ce que tu disais, parce que ta vision du monde était tellement éloignée de la sienne, parce que tes idées, selon moi, étaient résolument ancrées à gauche. J'aimais, malgré mon aversion pour le foot, regarder les matchs avec toi, te taquiner gentiment sur tes réactions extrêmes et ta mauvaise foi vis à vis de l'arbitre. Tu n'étais, je le savais, que faussement prétentieuse ... Et ta séduction avec tout le monde me touchait, parce qu'elle était aussi le reflet de ta fragilité, et parce qu'ainsi tu m'avais, moi aussi, séduite ...
J'étais amoureuse oui, désespérément amoureuse.

Sur ce que j'étais prête à accepter comme type de relation avec toi, la question était délicate ... Je savais que, quoiqu'il arrive, tu ne serais pas prête à te lancer dans un engagement constructif avec moi, et, quelque part, je crois que je le comprenais et que je n'étais pas encore prête à construire non plus. Je savais aussi que je ne concevais pas une relation sans fidélité. Te demander de la fidélité sans engagement ? Je percevais assez bien la contradiction qu'il y avait là-dedans.

Sans vraie réponse à cette question, sans décision de ma part, je m'endormis, sans m'en rendre compte, tes baisers presque sur mes lèvres ...

Je me réveillai au milieu de la nuit, transie de froid. Je me levai et fermai la fenêtre. Je venais de faire un rêve étrange : tu étais dans ma vie, très présente, et très absente; la sensation était indescriptible, mais très désagréable. Dans le rêve, nous vivions ensemble et avions apparemment construit quelque chose, pourtant tu n'étais pas là, tu n'étais plus là, comme si tu étais sortie de ma vie.
Je repoussai à plus tard la réflexion sur ce rêve, et je m'endormis à nouveau.

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Dimanche 15 avril 2007

Comme si je pouvais dormir après ça ... Non. Impossible. J'étais dans un état de réflexion, que dis-je, de torture de mon esprit, assez intense. Vers où nous mènerait, me mènerait cela ? Vers une souffrance plus grande encore ? Probablement.   Je crois qu'à ce moment-là déjà j'entr'apercevais le mal que tu pouvais me faire. Pourtant ... Pourtant je ne prenais pas la fuite, pourtant je  revenais vers toi sachant cela, malgré mon coeur lourd de certitudes, dans lequel l'espoir d'une issue heureuse se réduisait à une infime larme de joie. Pourquoi ? Pour deux raisons principalement. La première était que je me connaissais : j'ai besoin d'avoir tout essayé avant d'abandonner. Si je ne le fais pas, si je stoppe avant d'être allée au bout de ce que je veux, quitte à n'y trouver que de la douleur, je regrette. Et je crois que le regret, son goût d'inachevé, la frustration qu'il entraîne, est pire que la douleur. Je connais ma douleur, j'ai appris à vivre avec. Je n'arrive pas à transiger avec mes regrets.

La deuxième raison, celle qui entraînait tout cela, était finalement mon amour pour toi.
J'ouvris la fenêtre de la chambre. L'air était frais mais le ciel dégagé et les étoiles au rendez-vous. Je m'allongeai sur mon lit et fermai les yeux, me laissant bercer par la musique de la nuit, comme je l'avais fait tant de fois dans mon enfance, dormant la fenêtre ouverte. Je connaissais chacun de ces bruits comme s'il avait fait partie de moi, ce qui était probablement un peu le cas. Le frémissement d'une brise légère dans le sycomore dont les branches, majestueuses, chatouillaient ma façade; le clapotis de la rivière, tout près dans le creux du vallon; et puis le monde animal nocturne : les grenouilles de la mare, les grillons dans le champ en contrebas ... Parfois, venu d'un peu plus loin, venu de la forêt de l'autre côté de la rivière, le hululement d'une chouette ou le glapissement d'un renard se faisait entendre.

Je m'imprégnai de ces sonorités et me rendis compte du manque que je ressentais à Paris : ces nuits animales et végétales me manquaient, ce calme, en même temps que cette vie en effervescence, qui autrefois apaisaient mes longues nuits d'insomnie, me manquaient. L'espace d'un instant, je repensai avec nostalgie à ces nuits d'été nombreuses passées à la belle étoile, avec ma soeur, avec des amis, ... Je me rendis compte de ce qu'elles m'avaient apporté sans même que j'en prenne conscience : un sens de l'écoute, une sensibilité aux sonorités du monde vivant que d'autres n'ont pas. Mais mon esprit, égaré quelques minutes, revint vers toi. Car assurément tu avais su apprécier chez moi ce sens de l'écoute. Je repensai à la manière dont toi tu écoutais, toute aussi plaisante mais tellement différente. Nous n'avions pas grandi dans le même cadre, nous n'avions pas été aimées de la même manière. Pourtant nous étions toutes les deux parfaitement en phase dans notre communication, dans notre écoute comme dans notre parole. Peut-on dire qu'écouter c'est recevoir et parler c'est donner ? Ou bien est-ce l'inverse ? Probablement un mélange des deux. Lorsque je t'écoute, je te donne mon attention tout en recevant une part de toi ... Et inversement lorsque je te parle.

Ainsi, mes pensées se perdaient dans des considérations assez éloignées de ce qui animait mon coeur, assez éloignées (et en même temps sûrement plus proches que je ne le croyais) de ces deux questions auxquelles je n'arrivais pas à trouver de réponses claires : comment expliquer cette amour quasi instantané que je t'avais porté ? Qu'étais je prête à accepter demain comme type de relation avec toi ?


Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Mercredi 11 avril 2007


Le soir même, avant de me coucher, j'appelai mon colocataire et ami pour le prévenir de mon retour le lendemain. La nuit était déjà assez avancée, et il me sembla que sa discussion était un peu décousue, voire complètement décalée. Je compris rapidement qu'il avait trop bu. Il me dit qu'il était dans une soirée chez P..., cet ami commun chez qui je t'avais rencontrée quelques mois plus tôt. Il me dit que tu y étais aussi. Je parlai quelques minutes avec lui, puis je t'entendis derrière lui demander si c'était moi au téléphone et, quelques secondes après sa réponse positive, te saisir du téléphone :

- Bonsoir !

Mon coeur fit un bond, et je ne trouvai pas tout de suite quelque chose à te répondre, ce qui laissa s'installer un long silence. Je pensai que c'était la première fois que nous nous parlions au téléphone : tu m'avais souvent dit que tu détestais téléphoner, car au téléphone les silences t'oppressaient, prenant un poids qu'ils n'avaient pas dans la réalité. Dans ma tête les pensées se bousculaient. Je pensai à ce silence qui ne s'était jamais installé entre nous, à nos longues discussions où les silences mêmes étaient des paroles puisque nous les comprenions, je pensai à ce silence, objet de mon travail théâtral aussi depuis deux mois. Je pensai au silence, et je me taisais. Mais, prenant conscience de la tension que je t'infligeais par là-même, je  lâchai d'une voix porteuse de mon trouble grandissant :

- Bonsoir

Le contact était établi. Sans t'encombrer de banalités et de politesses, peut être même sans vraiment penser à l'impact que tes mots produisaient sur moi, tu enchaînas :

- Tu sais, tu me manques vraiment. Et je crois que tu as raison, il n'y a pas de raison pour que toi et moi on ne soit pas ensemble.
Ainsi, ta réflexion avait pris ce chemin là ... Je t'engageai simplement à continuer :
- Et ?
- Et ce n'est pas facile pour moi de te dire ça. Mais je veux essayer d'aller au-delà de mes blocages, parce que je tiens énormément à toi. Tu rentres quand ?
- Demain matin. J'ai cours jusqu'à 20h.
- Bon. Si tu veux et peux, je suis disponible demain soir, on pourrait se voir, et parler de tout cela.
-  Oui je peux. Si je veux ? Quelle question, bien sûr, tu le sais bien ...
- Alors appelle moi quand tu sors de cours, et nous conviendrons d'un endroit où nous retrouver, d'accord ?
- D'accord.
- Je te rends ton coloc'. Je t'embrasse. J'ai hâte de te voir demain.
- Moi aussi. Tu me manques tellement.
- Idem. Bonne nuit.

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Mardi 3 avril 2007



Je mis à nouveau des distances entre nous pendant quelques jours, le temps de te laisser mettre au clair tes idées, le temps aussi de décider ce que j'étais prête à accepter comme type de relation avec toi.

Mon séjour touchait à sa fin, et, dans une atmosphère printanière, je me retrouvai marchant dans la lande baignée de soleil, aux côtés de ma soeur, avec au creux du coeur une indicible et inexplicable joie de vivre. Nous ne parlions pas, ou peu, goûtant simplement cet instant de détente et d'insouciance. Nous cheminions presque inconsciemment sur le chemin de cette promenade maintes et maintes fois redécouverte, au fur et à mesure que notre regard avait changé. Enfants, nous venions ici cueillir les fleurs de mille pertuis pour fabriquer l'huile qui aiderait nos blessures de l'année à cicatriser, nous venions aussi ramasser les genêts morts que nous jetions dans la grande cheminée. Le feu de nos joies était alors inépuisable. J'ai eu une très belle enfance, pleine d'amour et de compréhension, une enfance durant laquelle on m'a armée dans la douceur à grandir pour prendre mon envol dans cette vie pas toujours tendre.

La promenade passait devant nos arbres. Nous nous arrêtames pour constater que celui de ma soeur avait dépassé de peu le mien, qui avait été malade l'année précédente. Les deux sapins étaient grands maintenant. Le premier avait été planté à ma naissance, le deuxième à la sienne, trois ans plus tard.

Je rompis finalement le repos du silence :

- J'ai quelque chose à te dire.
Elle plongea ses yeux dans les miens, et murmura, face à mon air sérieux :
- Tu m'inquiètes, là.
Les mots restaient bloqués dans ma poitrine, je ne savais pas exactement comment lui parler. Elle attendait, le poids de son regard fixé sur moi. Finalement, mes sentiments firent naître ma parole, et je me lançai :
- Voilà ... je suis amoureuse.
- Je sais.
- Tu sais, comment ça tu sais ?
- Je sais, c'est tout. Je te connais.
- Ah oui ? Et qu'est ce que tu sais d'autre ?
Instant de flottement durant lequel elle sembla hésiter, n'osant pas me dire ce qu'elle pensait savoir de plus. Finalement, elle se décida :
- Je crois que ce n'est pas d'un homme.
- Hum ... Pourquoi dis tu cela ? Tu penses à quelqu'un ?
- Peut être ... C'est quelqu'un que je connais ?
- Oui. Tu l'as rencontrée au jour de l'an.
- C'est ce que je pensais. C'est M ...
- Oui
- Hum. Et elle t'aime aussi ?
- Je crois. Mais ce n'est pas simple. Elle n'arrive pas à l'accepter. Dis moi, ça ne te fait rien ? Ca ne te gêne pas ?
- Je ne sais pas trop ... C'est assez abstrait pour moi, même si je l'ai senti. C'est étrange de te penser avec une autre femme. Et je pense que tu en reviendras. Je crois que c'est parce que O ... t'a beaucoup fait souffrir, qu'il t'a déçue.
- Je ne crois pas. Mais peut être. Je ne suis sûre de rien. Je cherche.
- Tu es encore attirée par les hommes ?
- Certains, oui, je crois ... Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je suis un peu perdue. J'attends de me trouver.
- Pour moi ce qui compte c'est que tu sois heureuse.
- ... Merci. Merci pour ça. Ca me fait du bien de t'avoir parlé, parce que je t'ai toujours tout dit, on a toujours tout partagé, et là depuis quelques temps, j'avais l'impression de te mentir. Ca faisait mal.
- Tu ne me mentais pas, puisque je savais. On y va ?

Pour moi ce qui devait être dit avait été dit. Je respectai son choix de clore la discussion à ce stade. Nous rentrâmes en passant par le petit bois, redescendant finalement par le lac et le réservoir, notant au passage la pousse des premières primevères. Je souris en pensant qu'elle les appelait les primejaunes étant petite.

Puis mes pensées dévièrent à nouveau vers toi, toi vers qui tout mon être tendait sans cesse. J'avais envie déjà de te retrouver, de te serrer tendrement dans mes bras, pour te faire oublier tes incertitudes, t'apprendre à m'aimer simplement. Pourtant, je ressentais un grand sentiment d'impuissance : la démarche devait venir de toi, pas de moi.


Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Vendredi 30 mars 2007


Face à ma douleur, que pouvais je faire d'autre que m'y laisser aller ? C'est ce que je fis, durant quelques jours.
M'enfonçant chaque jour de plus en plus.

Heureusement, un séjour prévu de longue date chez mes parents me sortit de cet état de désespoir dans lequel j'étais en train de me noyer.

Cinq jours après notre rupture, je fis ma valise et pris le train vers le sud, la tête pleine de pensées pour toi, la tête pleine de regrets et d'une sensation amère d'inachevé.
Je me sentais vide, incapable de pensées constructives et, regardant le paysage défiler au rythme effréné des moments passés contre toi, je me demandais déjà quand nous allions nous revoir, malgré cette décision que j'avais prise et que je t'avais signifiée de ne plus te voir. Trop difficile de te voir sans pouvoir te toucher, te caresser, t'embrasser. Trop difficile de te voir et de me sentir une parmi d'autres, de ne pas me sentir "celle". Mais tu me manquais tellement déjà ...

J'arrivai donc dans ma famille, éteinte et triste. En sortant du train, je mis mon masque de bonne humeur, j'affichai une attitude dynamique et rayonnante. Je sais faire. Personne ne savait pour toi, personne ne savait pour nous, personne ne savait pour moi. Et le moment n'était pas venu d'en parler. De plus, il arrive parfois qu'en faisant illusion je parvienne à m'auto-persuader réellement que tout va bien. Je tentai le coup.
Comme à chaque fois, la semaine s'annonçait bien remplie, activités avec mon père, avec ma soeur, avec mes frères, avec ma mère : une petite randonnée sur deux jours à cheval avec ma soeur,  une journée de ski avec mon frère, quelques parties de tennis avec mon père, la relecture d'un manuscrit avec ma mère, quelles évasions seule à vélo, et tous ces gens que je devais voir ... 

Je me souviens de la dernière fois que je suis venue passer quelques jours chez mes parents, je me rappelle des coups de téléphone furtifs que je te passais pour te raconter mes journées, et de toi qui chaque fois décrochais en riant pour me demander comment se passaient mes vacances au Club Med.

Bref, perdue dans cette activité incessante, je parvins à ne pas du tout te contacter pendant trois jours. Je crois même que pendant quelques heures parfois je parvenais à t'oublier complètement. Mais ce n'était que pour voir ton image resurgir presque avec violence pour dissiper mon oubli.
En milieu de semaine, je t'envoyai un long mail pour te faire part de la douleur de ton absence. Tu y répondis rapidement, par un long mail, torturé, dans lequel tu me disais combien je te manquais mais aussi à quel point tu te sentais incapable d'assumer une relation avec moi. Ce mail, tu me l'écrivis dans l'avion, concluant : "Comme d'habitude un temps magnifique sur paris, l'atterrissage va être une vraie partie de plaisir, encore. Comme toujours, j'ai peur. Je déteste. J'adore."

Dans cette simple phrase de circonstance, tout était dit, cette phrase c'était toi, exactement toi, telle que je t'aimais, mais telle que tu me faisais souffrir aussi.

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Mardi 20 mars 2007

En titre de ce court post, une phrase que j'aime beaucoup de Renoir. Une phrase que j'aime tout particulièrement me répéter lorsque cette douleur me prend, me vrille les tempes, me tord le ventre.
Seule la beauté restera.
Je vais avoir de quoi écrire ... J'ai de quoi écrire maintenant.
Je reviens vite.

Par * Andromède * - Publié dans : Ecrirelavie / Vie du BLOG
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