Ils l'ont dit

"Le pessimisme est d'humeur, l'optimisme est de volonté" [Alain Chartier]

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  • : Quand l'écriture devient art de vivre
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Samedi 17 novembre 2007


Il nous restait trois semaines à passer ensemble, et nous les vécûmes intensément, savourant chaque instant comme le dernier. Je suis consciente que cette dimension dramatique donna à ces semaines une saveur particulière. Je les garde en mémoire, car elles comptent parmi les plus belles semaines que nous passâmes ensemble. Etrangement, je me sentais libérée. Il n'y avait plus au-dessus de ma tête ce couperet qui pouvait tomber du jour au lendemain : la rupture. Non, car cette rupture, j'en connaissais la date et le jour exacts, et je savais avec quasi certitude que jusque là, elle se donnerait le droit de m'aimer pleinement, et de ne plus réfléchir.
Les mots me manquent pour décrire ces quelques semaines ensemble ... Il y eut des fleurs, pour la première fois. Des roses rouges. De la lavande. Des senteurs, des attentions et des baisers tendres autour de tout cela. Il y eut bien plus encore. De l'ordre de l'indescriptible.
Fin juin, elle vint me voir jouer au théâtre, et à cette occasion elle rencontra mes parents. Ma mère sentit quelque chose, elle me connaît trop bien ... Mais je la présentai comme une amie. J'aurais été prête à la présenter autrement, si seulement elle avait été capable de s'engager. Seulement ce n'était plus à l'ordre du jour.

Je partais la première chez mes parents, et les derniers jours à Paris furent difficiles. Superbes, mais difficiles. Le dernier jour, le dernier dîner, la dernière nuit, le dernier réveil à ses côtés, le dernier baiser dans l'ascenseur, le dernier regard ... Les premières larmes d'une longue série. Normal ... Nous pleurâmes en nous quittant, et j'arrivai chez mes parents une fois de plus en morceaux.
J'espérais qu'elle changerait d'avis, et j'avais le sentiment que je la retrouverais un jour. Je me sentais en attente, dans l'attente de sa prise de conscience. Je n'arrivais pas encore à croire que tout pouvait se terminer ainsi ...

Nous sommes le 17 novembre. Il y a 4 mois, nous nous quittions. A ce moment là, je n'étais pas vraiment capable d'écrire quoique ce soit. Même ma douleur ne voulait plus remplir mes lignes blanches. J'étais chez mes parents pour travailler, pour une saison de cueillette de fruits. Et elle me manquait, terriblement. Le fait que je ne sois plus plongée dans mon quotidien parisien ne changeait absolument rien, elle me manquait comme jamais. Avant son départ pour le Vietnam, je lui parlai au téléphone pendant plusieurs heures, ce qui nous donna la sensation d'une nouvelle rupture et me laissa plus abattue encore.
Elle partait à l'autre bout du monde, je ne pourrais plus lui parler quotidiennement, et le contact, je le pensais en tous cas, serait rompu totalement pendant son séjour là-bas. Désespérée, dans un état de manque immense, j'entrepris de lui écrire chaque jour, comme si elle avait été là. Mais sans que cela ne lui parvienne. Pour me libérer, et me sentir moins seule ... Pour avoir l'impression qu'elle était là et m'écoutait ? Peut être ...
Alors voilà, j'ouvris ce journal quotidien que je nommai "Journal de ton absence". Un jour après l'autre ... Essayer de reprendre le dessus, d'avancer et de vivre à nouveau.

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Vendredi 16 novembre 2007

Le lendemain matin, je me réveillai contre elle, me remémorant, un sourire en coin, la soirée de la veille. J'appréhendais tout de même un tout petit peu sa sobriété : les mots prononcés sous l'influence d'une soirée arrosée pourraient ils l'être à nouveau au réveil ? Je ne me questionnai pas longtemps, car elle ouvrit les yeux, effleura ma peau et, plantant son regard droit dans le mien avec un demi sourire répéta : "je t'aime". Je lui souris, et elle, elle rit tout court, d'un rire un brin moqueur, presque triomphant. Devant mon air interrogateur, elle ajouta : "tu croyais que je ne te le répéterais pas une fois sobre, hein ?". Je lui dis "oui", et elle rit de plus belle, me disant : "eh bien non, même sobre je t'aime !".

Je ne m'attarderai pas sur la suite ... Parce que tout cela n'a plus tellement d'importance, et que je me remémore certains instants avec une douleur que je ne me sens pas capable d'accueillir.

La suite, ce fut quelques semaines, trop courtes à mon goût, de bonheur. Intense. Des instants inoubliables et que je n'ai pas besoin de fixer sur du papier, sur un clavier pour les garder au creux du coeur. Je la vis telle que je ne l'avais jamais vue : heureuse et sans culpabilité.
 
Bien sûr ça ne dura pas. Bien sûr il y eut une nouvelle rupture. Bien sûr la pensée de X... dans son avenir n'y était pas pour rien. Bien sûr elle s'arrangea pour se rendre insupportable et me trouver tous les défauts du monde. Bien sûr j'accusai le coup sans mot dire. Bien sûr, un jour c'en fut trop. Bien sûr ...

Etant donnés les efforts que je faisais pour être à la hauteur, étant données les marques d'amour et le soutien constants que le lui apportais, tout ce qu'elle pouvait me reprocher, c'était de ne pas être parfaite. Oui mais voilà, cette relation n'avait jamais été équilibrée, et si de son côté elle avait le droit d'être faible, le droit à l'occasion d'être insupportable, le droit d'avoir l'air de survoler tout cela, le droit de ne pas m'accorder toute l'attention que j'aurais méritée, de mon côté je n'avais pas le droit à l'erreur. Et personne ne peut être parfait plus de quelques jours, à la rigueur quelques semaines ... C'est évident.

Cette relation était faite de certitudes tant l'incertitude du lendemain était grande. La certitude qu'elle me quitterait. La certitude que j'en sortirais démolie. La certitude qu'elle en souffrirait aussi, bien malgré elle, bien malgré moi.
Alors oui, il y eut une nouvelle rupture. Et pour la deuxième fois, elle me dit qu'elle allait redonner une chance à X..., parce qu'elle envisageait de faire sa vie avec lui, parce qu'elle l'aimait, parce qu'il avait changé et qu'elle le sentait enfin capable de lui apporter ce dont elle avait besoin.

Dans un premier temps, j'acceptai la rupture. Parce que je me sentais épuisée, et parce que le soir où je partis de chez elle, les derniers mots que je lui adressai furent : "je te déteste". Trois fois de suite, parce que je répète toujours trois fois les choses importantes. Ces mots, je les pensais, et il venaient du fond du coeur. J'aurais tout aussi pu lui dire "je t'aime", les deux auraient voulu dire la même chose : tant et si peu  ...

Le lendemain déjà le regret et le manque me rongeaient. Le contact n'était pas coupé, et je sus qu'elle n'allait pas bien non plus. Elle me dit à quel point tout cela était dur, pour elle aussi ... J'insistai pour la voir un soir, et je la vis. J'insistai pour qu'elle craque, et j'y parvins. Une dernière nuit, voici ce que je lui demandais. Sans rien derrière. Mais bien sûr, ce n'est pas ainsi que ça fonctionne. Je ne pensais pas à la suite. 
La suite, ce fut que cela rendit la rupture encore plus difficile, et la fit douter à nouveau. Elle craignait de faire une erreur. Je savais qu'elle en faisait une en me laissant filer, et je le lui disais, le lui répétais : "tu fais une grave erreur : ne me quitte pas, je suis une personne formidable, tu le regretteras toute ta vie". Intérieurement, je riais moi même de cette audace feinte, désespérée.

Je sais que dans ma mémoire ces dernières soirées se mélangent. Je sais que j'ai placé dans ces écrits certains événements avant qu'ils ne soient arrivés en réalité, et d'autres après. La chronologie n'est pas tout à fait exacte, mais le fond est là ... Je ne veux pas faire l'effort de me souvenir de l'ordre et de l'enchaînement exact de tout cela, parce que je ne veux plus écrire des pages et des pages sur ces sentiments que j'aimerais oublier pour la plupart. Si je tentais de me rappeler précisément, je sais que des milliers de petits détails me reviendraient en mémoire, et que je les trouverais tous trop importants pour ne pas les fixer dans ces écrits. Mais je ne veux pas. Je ne veux garder que la joie et les sourires en mémoire. C'est mieux pour se construire. Pourtant il faut que j'aille au bout de ce récit, alors j'élude, je tronque, j'omets ... Mais peu importe, car je le répète, le fond est là ...

Nous étions au mois de juin. Quelques semaines plus tard, je devais partir pour plus d'un mois chez mes parents et elle au Vietnam.
Nous avions tenté une rupture, mais nous en souffrions autant l'une que l'autre. Nous étions installées dans un quotidien où l'autre avait pris une place immense, et se retrouver seules du jour au lendemain était très difficile. Alors, je lui fis une proposition : aller ensemble jusqu'à l'été, jusqu'à nos départs respectifs, et profiter de ces éloignements, de ces coupures de nos quotidiens pour tirer un trait définitif.
X... l'attendait depuis des mois, il l'attendrait bien quelques semaines encore ...
Elle trouva ma proposition malsaine et tordue ... Mais j'insistai, persuadée que ce serait plus facile ainsi. Elle finit par accepter.

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Mardi 6 novembre 2007



La soirée devait continuer, car elle était attendue. Elle me proposa de l'accompagner. Depuis plusieurs semaines, ses amis espagnols avaient prévu de venir jusqu'à Paris pour faire la fête, pour cette fois ailleurs qu'en Espagne. Lorsque nous en avions parlé alors, je m'en étais réjouie, car ce serait l'occasion pour moi de rencontrer enfin toutes ces personnes qui lui étaient si chères et dont j'avais tant entendu parler. Pourtant, lorsqu'elle me proposa, j'hésitai. Bien sûr, j'avais du travail et ce n'était pas très raisonnable de sortir. Mais surtout, j'appréhendais la situation, car elle m'avait prévenue : il y avait une grande proximité entre les personnes de ce groupe, les contacts étaient très tactiles, et l'ambiance serait à la fête. Je n'étais pas tout à fait sûre d'arriver à gérer ma jalousie si je la voyais trop proche de certains hommes ce soir-là, et notamment de l'un d'eux dont j'avais entendu parler ... Je lui fis part de mon appréhension, et elle me rassura, me disant que je n'avais vraiment rien à craindre. Facile à dire, mais après la discussion que nous venions d'avoir, et étant donné les situations dans lesquelles j'avais pu me retrouver avec elle par le passé, j'avais énormément de mal à lui accorder une confiance aveugle.
Ce qui l'emporta finalement dans ma décision, c'est cette envie irrésistible que j'avais d'être avec elle. J'attrapai mon manteau et me fis un beau mensonge en me promettant de rentrer avec le dernier métro au plus tard.

Nous arrivâmes avec beaucoup de retard, mais dans une ambiance très chaleureuse. Je fus rapidement présentée aux gens qui lui étaient chers, puis je fis connaissance avec ceux qu'elle ne connaissait pas. La soirée se déroulait, et chacune de notre côté nous en profitions, nous croisant de temps à autre. Je parlais un moment avec sa meilleur amie que j'avais eu l'occasion déjà de croiser, mais je m'éloignais un peu lorsque celle-ci dit à M... "je crois que ta copine me drague là". Des relations se nouèrent ce soir-là, tandis que d'autre commençaient à s'effilocher, amicales ou amoureuses, parfois à la limite. Mais je ne m'attarderai pas sur tout cela, car ça ne me concernait pas directement.
Comme annoncé, le ton était à la proximité, et au détour de la cuisine, je me retrouvai engagée dans un passage de glaçon de bouche à bouche. M... venant de le recevoir, elle me le fit passer, et je le fis passer à quelqu'un d'autre. Ce fut très étrange comme sensation, parce que je me sentis gênée, ou tout du moins très troublée par son "baiser" à elle, tandis que le passage à une personne que je ne connaissais pas ne provoqua strictement aucune sensation.
Bref ...

Peu de temps après, je me rendis à la salle de bain et fermai la porte derrière moi, porte qui se rouvrit aussitôt pour laisser entrer M... derrière moi. Agréablement surprise, je me tournai vers elle. Elle m'embrassa, puis me prenant dans ses bras, s'appuya le dos contre la porte. Elle me dit qu'elle était heureuse que je sois là. Je l'embrassais, lui murmurant que moi aussi.
Puis, me regardant droit dans les yeux avec un sourire très tendre, d'une voix douce elle prononça ces quelques mots : "Je t'aime".
La tête m'en tourna, et ce n'était pas uniquement dû à l'alcool. Elle vit mon trouble, et ajouta : "ne sois pas surprise, tu le sais que je t'aime, non ? Sinon nous n'en serions pas là ...". Ce à quoi je lui répondis : "Oui ... Oui je le sais, mais te l'entendre dire, c'est différent. Et puis ... J'ai rencontré tes parents, et je sais à quel point c'est une chose difficile pour toi de me dire que tu m'aimes". Elle ne dit rien. Elle avait bu sûrement autant que moi au moins, et nous ne pouvions ni l'une ni l'autre avancer une sobriété sans faille. Dans un demi sourire un peu moqueur, je lui dis : "tu me le dis parce que tu as trop bu; j'attends de voir lorsque tu seras sobre". Elle me sourit et m'embrassa à nouveau, me glissant dans l'oreille que la sobriété n'y changerait rien.
Je me sentais merveilleusement bien ... Ces mots-là, j'avais vraiment cru ne jamais les entendre. Je les avais espérés en n'osant plus y croire. Oui, je savais qu'elle m'aimait, mais le fait qu'elle me le dise montrait de sa part une volonté d'engagement inédite jusque là, et je ne sais pas à quel point elle se rendait compte de l'impact que cela avait sur moi à ce moment-là.
Je la serrais fort dans mes bras et lui glissai quelques mots de bonheur avant que nous ne ressortions de cette salle de bain.

La soirée s'acheva, évidemment sans que je rentre chez moi avec le dernier métro, et nous rentrâmes ensemble chez elle, nous endormant l'une contre l'autre sans réfléchir plus longuement.

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Lundi 5 novembre 2007

Mais je n'avais aucune envie qu'elle parte. Je voulais qu'elle me dise que peu importait tout le reste, qu'elle m'aimait. Je voulais qu'elle m'embrasse, qu'elle me regarde droit dans les yeux pour que je puisse y lire combien je comptais pour elle : assez pour qu'elle me retienne. Je voulais que le monde s'écroule autour de nous, que plus rien d'autre n'existe et qu'elle n'ait rien à faire de tous ces autres, qu'elle n'ait d'yeux que pour moi, qu'elle n'ait qu'un désir, celui de me garder près d'elle. Je voulais ... Mais je voulais trop. Je lui demandais une chose qu'elle ne pouvait pas m'apporter, mais j'espérais toujours à ce moment là qu'un jour elle le puisse. J'espérais qu'avec le temps ... C'est beau, l'espoir. C'est pur l'espoir. C'est pour l'histoire ... Et puis, l'espoir ça donne la force d'avancer.

Quel espoir lui donnait la force d'avancer à elle, en cet instant précis, alors que sa main se posait sur la poignée de la porte de mon appartement, alors qu'elle s'apprêtait à s'en aller, après tout cela ?

Quelques larmes déjà commençaient à brouiller ma vue. La sourde angoisse de cette solitude d'elle qui se créerait sitôt qu'elle aurait franchi la porte commençait déjà à battre mes tempes. Je ne pouvais pas la laisser faire. Je ne pouvais pas l'en empêcher.

Et puis, il y eut un signe, quelque chose ... Une hésitation dans son geste, puis un regard pour moi par-dessus l'épaule. Des signes qui avaient été presque imperceptibles, presque rien, presque pas grand chose, et pourtant ... Pourtant il n'en fallut pas plus pour que je franchisse les quelques mètres qui nous séparaient.
Je la saisis par la taille, et elle se tourna vers moi. Je l'enlaçai, l'attirai à moi, la serrai contre moi, mon coeur battant à tout rompre, prêt à exploser. Je crois que malgré tout, je fus très troublée. Je crois que le rouge me monta aux joues ... Depuis tout ce temps, sans rien faire elle arrivait encore à me faire rougir. J'effleurai son visage, du bout des doigts. Je passai ma main dans sa nuque et la dévorai d'un baiser dans lequel je déversai toute la tension, le désir, le manque accumulés ... Sa réaction fut immédiate, elle se livra complètement, me montrant combien elle avait attendu ce baiser, sans l'oser.

Elle était dans mes bras, et déjà je ne pensais plus. Je me délectais simplement de la sensation d'apaisement qui me gagnait. Je n'arrive pas vraiment à me rappeler de quels mots fut faite la courte discussion que nous engageâmes ensuite. La seule chose que je sais avec certitude, c'est que seul comptait l'instant. Je savais, oui je savais que nous n'irions pas très loin probablement, parce que nous n'étions pas vraiment parvenues à un accord. Je savais que notre histoire se terminerait, que cela pouvait être deux jours, deux semaines, ou deux mois plus tard. Dans le principe, cela m'attristait profondément, mais pas suffisamment pour me faire faire demi tour à ce moment-là, pas suffisamment pour fermer immédiatement cette parenthèse que serait forcément notre histoire.

La seule chose dont j'avais besoin à ce moment-là, c'était de temps près d'elle, de temps ensemble, de moments de bonheur, de partage, d'échange. Ce que je lui demandais, c'était de nous donner du temps, du temps ensemble pour vivre pleinement cette relation, et ceci elle pouvait et voulait me l'apporter.

C'est ainsi que nous repartîmes, une fois de plus, une fois encore, mais une fois un peu différente cependant ...

(SUIVANT)
Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Lundi 5 novembre 2007


Voilà. La théorie, ça aurait été ce dernier mot : accepter. Me faire une raison. La laisser filer, alors que je l'aimais tant. La laisser filer, parce que je me sentais épuisée, usée. La laisser filer pour tout ce mal qu'elle me faisait.

Pourtant, seuls quelques jours s'écoulèrent avant que je la revoie. Ma fatigue, ma résignation, le souvenir de son attitude lors des derniers jours passés ensemble s'effacèrent pour laisser place au manque, au regret, et au souvenir de l'amour immense que je lui portais.
Le contact n'était pas rompu, nous continuions à échanger mails et textos ... Dans ce contact, nous nous torturions l'une l'autre à nous dire combien nous nous manquions. Derrière ces mots, il y en avait toujours un autre : "mais". Mon "mais" c'était : "tu me manques, mais cette fois je ne te tendrai pas la main. C'est ton tour." Son "mais" à elle c'était : "tu me manques, mais je ne te tendrai pas cette main, parce que tu m'as mise face à la réalité de ce que je te faisais endurer, et je ne veux plus te faire ça. Je ne peux pas te rendre heureuse, car des doutes j'en aurai tout le temps."

Nous nous étions quittées lundi, vendredi dans la journée nous eûmes une discussion importante, par msn, dans laquelle elle me demandait ce que j'attendais d'elle comme effort, comme "main tendue". A la suite d'une longue discussion, voici ce que je lui répondis : un pas vers moi, une volonté d'effort dans notre relation et pour finir de la fidélité. Je lui demandai alors ce à quoi elle était prête pour moi. Mais elle écourta cette discussion sans vraiment me dire ce qu'elle en pensait, car il était déjà tard, et qu'elle était attendue pour une soirée.
J'étais chez moi, en pleines révisions avant mes partiels, et je lui demandai de passer chez moi en allant à sa soirée, pour que nous parlions un peu, rapidement. Elle refusa, car elle était déjà en retard. Mais j'insistais, je ne voulais surtout pas me retrouver seule après cette conversation inachevée, je voulais terminer cette conversation avec elle.
En insistant beaucoup, je parvins à ce qu'elle accepte de passer chez moi.

Je me sentais extrêmement tendue lorsque je lui ouvris la porte. Les mots restaient bloqués dans ma gorge, mes gestes se figeaient avant même d'avoir eu le temps d'être esquissés. Mes mains tremblaient, ma voix était sourde. Une tension comme j'en ai rarement connue. Pourtant je devais lui parler. C'est pour cela que je lui avais demandé de venir. J'espérais un geste de sa part. Je me sentais paralysée, incapable de faire le premier pas. Et, mine de rien, tellement hésitante sur la justification de ce premier pas.
Nous parlâmes de ce que j'attendais d'elle. La conclusion fut celle-ci : il y avait certaines choses qu'elle pouvait m'apporter, et d'autres non. Elle pouvait me tendre la main, faire des efforts dans notre relation, et m'être fidèle. Mais elle ne pouvait pas s'engager durablement avec moi, parce qu'elle ne voyait pas sa vie avec une femme. En cela, rien de nouveau. En parlant, nous nous rendions compte que nous avions eu très peu de moments simples ensemble. Je lui reprochais de ne jamais nous avoir laissé le temps de vivre pleinement notre relation. Elle ne nia pas.
Elle me dit qu'elle pouvait nous donner du temps ensemble. Elle voulait m'être fidèle, mais elle ne voyait pas sur du long terme avec moi, alors ... Alors elle refusait de clarifier certaines situations troubles dans ses relations avec certains hommes, et notamment dans sa relation avec X... Parce qu'elle le voyait comme une possible relation sérieuse après moi.

Il me sembla que la discussion devait s'achever ici. Apparemment, notre situation semblait insoluble. Je ne me sentais pas capable d'accepter une situation trouble. Elle me disait que je n'avais rien à craindre, que tant qu'elle serait avec moi je n'aurais rien à craindre de X... Mais ce "tant que je serai avec toi" résonnait désagréablement. Et le passé, les situations vécues vis à vis de X... n'étaient pas pour me rassurer.

Je lui souhaitai une bonne soirée, lui signifiant que je n'avais rien à ajouter, que je ne la retenais pas plus ...

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Samedi 3 novembre 2007

Il me fallut un peu de temps pour arriver à prendre assez sur moi et mettre de côté toute la rancoeur et les reproches que cette discussion avait suscités en moi. J'y parvins pourtant, je crois. En tous cas assez pour avoir la sensation de passer une soirée légère.

Un dîner avec ses parents, très tranquille. Au cours du repas, son père, alors que je venais de goûter à une spécialité vietnamienne me lança, sur le ton de la plaisanterie : "ah, tu aurais été très bien comme belle fille, dommage que je n'aie qu'un fils et qu'il soit déjà pris". Je me mordis les lèvres pour m'empêcher de lui répondre que sa fille aurait tout à fait pu me combler.

Le moment fatidique arriva : nous montâmes nous coucher. Je sentis son corps contre le mien, avec au creux du coeur une indicible douleur, dans les courbes de mes caresses une invincible douceur pour cette peau que j'avais tant espérée, dans les sinuosités de mes pensées une irascible rancoeur : elle me quittait. Je l'enlaçais, je ne pouvais m'empêcher de penser que c'était la dernière fois, et j'en souffrais terriblement, je ne me sentais pas prête.

C'est cet instant précis, ce moment de tristesse en même temps que de désir partagé qu'elle choisit pour franchir, pour la première fois, les dernières barrières physiques qu'elle avait érigées entre nous, contre moi. Pour la première fois, notre relation fut un échange, elle me donna. Ma surprise fut grande, je ne m'attendais pas à une telle attitude de sa part. Je m'y abandonnais avec délice, mais non sans question. Pourquoi maintenant, alors que tout était fini ? Parce qu'aujourd'hui elle n'avait plus rien à se prouver vis à vis de moi ? Parce qu'elle en avait envie, simplement ? Parce qu'elle se sentait obligée comme par une dette avec moi ? Ou, de manière beaucoup positive, parce qu'elle ressentait le besoin de me donner quelque chose avant que nous nous quittions ? Je ne sais pas ... Quoiqu'il en soit, malgré la rupture que nous étions en train de vivre, je sus qu'un nouveau pas avait été franchi. Trois pas en avant, un pas en arrière ... Ou l'inverse, un pas en avant, trois pas en arrière, c'est mieux pour reculer. Je te quitte. Tu m'attires. Accepte. Garde espoir. Je ne sais pas. Je doute. C'est un tourbillon, un tourbillon sans fin, qui finira par nous happer, forcément. Pourtant, bon sang que je l'aime. Elle. Le tourbillon. Ne suis-je pas en train de vivre ma réflexion sur notre relation plutôt que notre relation elle-même ? Tout est fini de toutes manières. Mais le souffle d'une réflexion déroutante attise en moi un feu que je veux éteindre, soufflant sur des braises encore bien trop brûlantes. Tout est fini. Je sens une grande vague me submerger. Je sens ses caresses, et je veux l'aimer, simplement, jusqu'au bout, jusqu'à la dernière seconde, jusqu'à ce que ce ne soit plus possible, plus permis, plus conseillé. Je me blottis contre elle, mon nez dans son cou, humant son corps dont je commence à connaître le langage, et soudain, je ne contrôle plus rien. Mes larmes coulent, et je n'y peux rien. Je cède, la pression est trop forte. Je pleure, encore et encore. Je crois que je m'endors en pleurant. Je crois aussi qu'elle ne s'en aperçoit pas.

Voilà, notre WE était terminé, et notre histoire avec lui.

Nous prîmes le train ensemble le lendemain matin, sans nous adresser un mot durant le voyage, chacune dans nos tensions respectives. Arrivées à Paris, je lui dis au revoir en descendant à ma station de métro. Je ne me retournai pas sur le quai : je pleurais. Je serrai la mâchoire. J'avais mal.

Je manquais de recul, mais je ressentais que tout ceci avait été une lamentable erreur. Un enchaînement de circonstances regrettables. Nous n'aurions pas du nous séparer. Pourtant, tout portait à croire que c'était la seule solution possible. Ou du moins la seule raisonnable. Mais qu'y avait-il de raisonnable dans l'amour ? Le fait qu'il ne soit pas partagé. Et très sérieusement, je commençais à douter qu'elle puisse m'aimer et me le dire un jour. Comment peut-on faire souffrir ainsi quelqu'un qu'on aime ? Et ... en me posant cette question, je percevais ce qu'elle avait de ridicule et de convenu. C'était le genre de question qu'on se posait lorsqu'on ne voyait l'amour que comme un sentiment noble et pur, de ceux qui ne peuvent apporter que le bonheur, la joie et la confiance dans le coeur. Pourtant, tout le monde sait que l'amour, ce n'est pas seulement cela. Je le sais. J'ai fait souffrir aussi des gens que j'aimais. Alors ... Peut-être qu'elle m'aimait, elle aussi ?

Mais peu importait, c'est ce que je me répétais, inlassablement. Peu importait. Qu'elle m'aime ou qu'elle ne m'aime pas, je ne pouvais pas indéfiniment porter cette relation seule, je me sentais fatiguée. Je ne la rattraperais pas cette fois-ci et ce n'est probablement pas elle qui reviendrait vers moi. Désormais, je devais accepter.

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Jeudi 1 novembre 2007

Aujourd'hui, quelques mois plus tard, je me dis simplement : à quoi bon ? A quoi bon revenir sur ces moments douloureux pour ma mémoire et mon être tout entier ? Pourtant, la réponse, je la connais : pour accepter. Alors ... Alors je suivrai Sarte : "Il faut tout écrire au courant de la plume, sans chercher les mots".

La fin du WE s'acheva sur une destruction. Je l'aimais. Tellement que j'étais incapable de lui faire le moindre reproche. Je l'aimais dans tout ce qu'elle était. Ses forces, ses faiblesses.
Mais ce n'était pas son cas.
Ce qu'au premier abord elle avait trouvé de touchant en moi, en cette fin de séjour elle le détruisit, me l'envoya en pleine face comme autant de piques qui m'allaient droit au coeur, me blessant durablement. Car j'ai de la mémoire. Je vis l'instant, j'aime intensément, mais je pardonne difficilement : il me faut des excuses, sous quelque forme que ce soit. Pourtant, j'arrive à mettre des tas de choses de côté, même sans excuse. Mais mettre de côté, ce n'est pas pardonner ...
Bref. Alors que nous nous apprêtions à retourner chez ses parents après une évasion touristique, face à mon insistance elle se décida à me parler, m'assenant certains de ces coups qui blessent, certains de ces reproches qui affaissent. J'étais trop ainsi, pas assez comme cela. Trop hésitante, pas assez sociable. Je n'avais pas su trouver ma place dans sa famille, alors que ce n'était pourtant "pas si difficile" : lorsqu'elle prononça ces mots, mon coeur bondit, je fus piquée à vif par cette attaque que je trouvais vraiment injuste. Mais ma résignation prit le dessus devant cette destruction programmée qu'elle m'infligeait, face à cette attitude que je commençais à connaître. Elle était passée dans un mode qui me disait simplement : "déteste-moi complètement, ce sera tellement plus facile ...". Et elle était douée, très douée. Parmi les nombreuses ruptures à son initiative, ce fut l'une des plus douloureuses. Parce que, pour la première fois, elle ne se contentait pas de s'attaquer au fait que j''étais une femme. Elle s'attaquait à tout mon être, à la personne que j'étais, à mes défauts et mes qualités en même temps. Car j'estime que tout défaut peut être une qualité, et inversement.

Ce dimanche en fin d'après-midi, alors que notre séjour touchait à sa fin, elle m'annonça que sa décision était prise. Mais nous ne devions partir que le lendemain matin pour Paris, et je l'enjoignis de mener ce WE jusqu'à son terme. Pour la première fois, probablement en raison du mal qu'elle était en train de me faire, j'acceptais, du moins momentanément, le principe de la rupture. Mais quoiqu'il en soit, je voulais achever tout ceci sur une note positive ou, du moins, d'intimité. Alors je lui dis que oui, j'avais entendu ce qu'elle voulait que je comprenne, et que j'acceptais cette rupture. Je le pensais. Je lui demandais simplement de faire comme si de rien n'était, jusqu'à ce que nous nous quittions le lendemain sur le quai du métro. J'aspirais à vivre ces derniers moments ensemble, libérées toutes les deux du poids que cette réflexion avait fait peser sur nous durant tout le séjour.
Elle accepta.

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Mardi 30 octobre 2007

Sa mère vint nous chercher à la gare. M... nous présenta, poliment. Tout le WE, j'eus l'impression que sa famille se demandait un peu ce que je faisais là. Ils n'avaient jamais entendu parler de moi, j'étais donc nouvelle dans la vie de M..., et pourtant elle m'avait emmenée là.
Tout le WE, j'allais devoir supporter des remarques diverses comme son père demandant à M... "alors, tu as quelqu'un en ce moment ?" et elle répondant : "non". Mais après tout, j'étais préparée à tout cela. Je ne sais pas si le sentiment de malaise venait de moi complètement ou était partagé, mais je ne me sentais pas du tout à ma place, et je ne parvins pas à me défaire de ce sentiment. Pourtant, je fus très bien accueillie.
Il y a un point sur lequel je ne regrette pas d'être allée dans sa famille : j'ai compris énormément de choses sur sa personnalité et son comportement dans notre relation en voyant comment elle avait été élevée, en voyant surtout les rapports qu'elle avait avec ses parents, et notamment avec son père. Oui, j'ai compris des choses, et j'ai surtout compris qu'elle ne pouvait pas m'aimer.

Lorsque nous arrivâmes chez elle, elle me présenta son père. J'y reviendrai plus tard. Il nous aida à monter les sacs dans les chambres, et me montra la chambre d'amis. Il y eut un court instant de flottement, et M... rectifia, en lui disant que j'allais dormir avec elle "pour pouvoir faire des soirées pyjamas entre filles", justifia-t-elle sur le ton de la plaisanterie. No comment. J'en fus tout de même sacrément soulagée.
Je ne détaillerai pas les anecdotes de ce WE, il y aurait bien trop de frustrations à raconter, que je résumerai en quelques phrases : M... passa plus ou moins son WE à m'éviter, malgré les nombreuses tentatives que je fis pour lier le contact. Elle semblait ailleurs, dans une phase de réflexion dont j'aurais été totalement absente. Pourtant je me sentais observée, comme en examen, comme si elle attendait de voir ma réaction face à certaines situations. De mon côté, j'étais bien trop mal à l'aise pour être tout à fait moi-même.

Ce qui me marqua le plus, en dehors de son comportement vis à vis de moi, fut la relation ambivalente qu'elle entretenait avec son père. Avant même de le rencontrer, j'avais beaucoup entendu parler de lui, pas toujours en bien, loin de là. M... me l'avait décrit comme une personne très autoritaire, intolérante et exigeante. En l'écoutant parler de ce père que je n'avais jamais vu, j'avais tiré la conclusion que leur relation n'était qu'un conflit. Je m'étais trompée. Je vis durant ces quelques jours à quel point l'exigence de ce père avait forgé le caractère qu'elle avait, l'intolérance dont elle faisait preuve aussi par rapport aux faiblesses des autres. Je fus très surprise de voir à quel point elle cherchait en permanence son regard, son approbation, tout en restant très souvent dans la provocation vis à vis de lui. Je ne ferai aucun parallèle avec la relation que j'entretenais alors avec elle, il n'y en a pas forcément à faire.
La seule chose que je compris durant ce séjour, c'est à quel point le mur d'intolérance érigé par ses parents resterait un mur entre elle et moi. En dehors de ce qu'ils considéraient comme la "norme", en dehors des projets tout tracés pour leur fille, pour leurs enfants depuis leur plus jeune âge, point de salut. La reconnaissance de ces parents-là semblait simplement passer par l'accomplissement de ce qu'ils avaient imaginé pour elle, de ce qu'ils souhaitaient pour elle parce que c'était ce qu'ils estimaient être la voie du bonheur : un métier respectable et lucratif ( les métiers réunissant ces deux aspects étant en nombre très très limité à leurs yeux), un mari, des enfants, le tout saupoudré des valeurs de courage, de volonté et de force. Surtout, ne pas être faible, ou du moins ne pas le montrer.
Il y a de nombreuses valeurs parmi celles-ci que je respecte complètement. Il y a même des espoirs que je trouve tout à fait compréhensibles de la part d'un parent pour son enfant. Et, au delà de tout jugement, je n'estime pas du tout que le principe un peu cliché du projet d'un métier valorisant, d'un mari, d'enfants, d'une maison, voire même d'un chien ... soit un projet méprisable. Loin de là. Mais là n'est pas la question. Car les projets que l'on fait pour ses enfants, quoiqu'il en soit, ne doivent pas aller à l'encontre des multiples richesses humaines, des aspirations au bonheur si diverses, des originalités, des caractères, des personnalités, en bref de tout ce qui fait que notre monde est vivant et en perpétuelle effervescente, de tout ce qui rend la vie si passionnante. Car le bonheur n'a pas un seul visage, il se déguise, il se transforme, il s'apprivoise pour entrer dans une relation avec son humain, unique et imprévisible. Oui, car "on ne connaît que les choses que l'on apprivoise", dit le renard au Petit Prince ...
Alors oui, dans ma rencontre avec les parents de M... j'ai été heurtée par cette aspiration au bonheur uniformisée qu'ils avaient ancrée dans le coeur de leurs enfants. Evidemment, j'ai conscience que c'est aussi la société toute entière qui impose ce modèle. Mais je n'ai pas été habituée à cela. Mes parents ne sont pas vraiment ainsi, ils sont beaucoup plus "atypiques", très ouverts et tolérants, j'ai parfois trouvé qu'ils l'étaient trop, je trouve parfois qu'ils le sont trop. Le juste milieu est difficile à trouver.
Quoiqu'il en soit, je n'ai pas en moi de modèle de vie pré-inculqué, et en voyant cela j'en venais à me demander si ma relation avec M... aurait pu réellement aboutir si elle avait été élevée par d'autres parents. En fait, je me demandais si ce projet de vie qu'elle brandissait contre moi comme une raison à l'échec annoncé et inévitable de notre couple était réellement celui auquel tout son être aspirait, ou bien si ce projet était celui de ses parents, de son entourage, celui de la société. Je n'ai toujours pas trouvé de réponse certaine à cette question, mais je crois que personne ne le peut, c'est un peu comme tenter de déterminer la part d'acquis et la part d'inné ... Je penche cependant aujourd'hui encore pour la première hypothèse.
Quoiqu'il en soit, le résultat était strictement le même : notre couple était voué à l'échec.

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Jeudi 25 octobre 2007

Marseille donc.

Jusque là, je n'avais croisé le chemin de cette ville qu'une seule fois, dans mon enfance, pour quelques jours et j'en gardais un très bon souvenir, plein de senteurs, de soleil et de rires hauts et forts. Le souvenir aussi de la banlieue, de ces enfants d'à peine une dizaine d'années, qui avaient mon âge mais des priorités que je sentais si éloignées des miennes, fillette timide à l'extrême, peu habituée au milieu urbain. Entre l'accent et l'emploi de ce qui, pour moi, ressemblait presque à une langue étrangère, j'avais parfois besoin de traduction pour comprendre ces enfants de ma génération habitant le même pays que moi, fréquentant les mêmes écoles, mais cotoyant des cultures si différentes. Oui, car c'était plus une question de culture qu'une question de milieu. Je venais d'un milieu pas forcément plus aisé que le leur, mais à la campagne, élevée par des parents ayant mené à maturité leur expérience soixante huitarde pour que leurs enfants n'en recueillent que les bénéfices. Elevée dans le partage, même et surtout lorsqu'il y avait peu à partager, dans la tolérance et dans l'écoute, l'observation. Certaines qualités sont universelles, et indifférentes au milieu, à la culture, ou à quoi que ce soit d'autre, on peut les retrouver chez tout individu, où que ce soit, et à quelque époque que ce soit.
Bref, atterrie par un hasard dont je ne me rappelle plus les tenants et les aboutissants en pleine banlieue marseillaise, j'avais goûté avec curiosité à la vie là-bas. Ma mémoire de ces instants, ce sont des sentiments mitigés, comme un sentiment de culpabilité parfois devant la chance de la vie que je menais, chance dont je prenais pour la première fois pleinement conscience.

Voilà qu'une quinzaine d'années plus tard, je prenais pour la deuxième fois le chemin de Marseille, avec mes doutes et mes appréhensions d'adulte. Une pointe d'insouciance subsistait encore, mais elle ne pouvait plus être la même que celle de mes premières émotions phocéennes.

Lorsque nous partîmes de Paris, le temps était maussade et gris, mais se dégagea au fur et à mesure que le TGV progressait vers le sud, pour laisser la place à un magnifique soleil illuminant un ciel bleu turquoise comme on en voit rarement à Paris. Je jetais un oeil à M... qui regardait par la fenêtre, l'air ailleurs. Je glissais ma main contre sa cuisse, et sa main vint rejoindre la mienne. Je lui adressais un sourire. Mon coeur oscillait entre tout ce qui lui pesait et la légèreté annoncée de ce WE pré-estival.
Il n'aurait pas oscillé l'espace d'un instant si j'avais su le calvaire qu'allait être ce WE.

Avec du recul, je n'aurais jamais du accepter de partir avec elle je suppose, étant données les circonstances. N'était-ce pas une drôle d'idée de partir un WE dans sa famille que je ne connaissais pas au moment où nous avions besoin de faire le point toutes les deux et de savoir où nous allions ? D'autant que, pour diverses raisons de tension, avec son père notamment, elle n'avait pas mis les pieds chez ses parents depuis plus d'un an. Manque de discernement, aveuglement, l'amour n'est pas toujours un bienfait ...

Par * Andromède * - Publié dans : 3) M ... Elle
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Jeudi 18 octobre 2007



"Jim MORRISON : Celui qui contrôle les médias contrôle les esprits"


Aujourd'hui, j'ai regardé le journal télévisé de 13h, sur France 2.
Il y avait longtemps que je n'avais pas regardé un JT. Non pas que je ne m'informe pas, mais depuis quelques temps, la manière dont l'information nous y est présentée m'insupporte. Je ne sais pas si les JT ont vraiment changé ou si c'est mon regard qui a changé.
Bien sûr, classiquement j'éprouve des difficultés à voir le présentateur enchaîner les informations sur la guerre avec celles sur le football, cela dans le même souffle et sans haussement de sourcil (je sais, c'est ce qu'on leur demande, et c'est même parfois un travail fou d'arriver à ne pas montrer d'émotion, n'empêche ...).
Et puis il y a aussi cette question que je me pose : comment se fait-il que, sur les deux chaînes dont les JT sont les plus regardés, les informations soient invariablement les mêmes, à peu de choses près ? Comment se fait-il que certaines actualités soit quasiment occultées par les deux chaînes en même temps ? Ah oui, l'audimat ... Donnons lui ce qu'il veut à cet animal.

Mais peu importe. Loin de ces considérations un peu vagues et, je le reconnais, très peu étayées par mon assiduité aux JT ces derniers temps, loin de ces brimades peut-être exagérées quoique justifiées, il reste une chose que je peux dire : je ne regarderai pas le JT ce soir, ni demain, ni ... Jusqu'à ce que la frustration soit passée.

Je n'ai rien contre la présentatrice, Elise LUCET, c'est toujours mieux que David PUJADAS pour le 20h (un journaliste annonçant une information avant de l'avoir en sa possession pour doubler la concurrence peut-il encore être appelé journaliste ?). Non, je n'ai rien contre elle, au contraire. Elle "présente bien", comme on dit ... Elle sourit quand il faut, où il faut, elle semble naturelle, elle ... Mais peu importe, une fois de plus.
Aujourd'hui, j'ai regardé le JT parce que je voulais des images, des chiffres de la grève. Les deux premiers titres du journal ont été : la grève contre les régimes spéciaux de retraite et les rumeurs de séparation du couple Sarkozy.
Bon, là, je dois faire une première constatation : ce subtil double titre m'a fait avaler de travers (oui, comme tout français moyen, quand je regarde le JT de 13h, il y a de grandes chances que je sois en train de manger, ahem).
Mais à la limite, passons. Même si la présentation est plus digne de Gala que d'un JT de France Télévisions, passons, le couple présidentiel est en péril ...

J'ai regardé jusqu'au bout. Puis, vers la fin du journal, une information est tombée : les rumeurs n'en sont plus, l'Elysée a communiqué sur le sujet, Cécilia et Nicolas se séparent. Mais le suspense reste presque entier : déjà divorcés ou pas les zozios ?
Hum ... Vraiment, voilà un grand JT. J'admire le spectacle, et je me prends à regretter mes modes habituels d'information.

Conclusion d'Elise LUCET :
"Blablabli, blablabla, et je vous rappelle l'actualité principale de ce jour, l'information vient de tomber : la séparation du couple Sarkozy, sur laquelle David PUJADAS reviendra longuement ce soir à 20h" (ben oui hein, la suite dans le prochain épisode, à 13h on ne savait pas si le divorce était déjà prononcé ou pas).

Voilà les grévistes, voilà les usagers, voilà la France, paf prenez ça dans la tête : l'actualité de ce jour, c'est la séparation du couple présidentiel.

Bravo Monsieur le Président. Vous êtes un maître dans l'art de l'utilisation des médias, le timing était parfait. Malheureusement, il semble que le mouvement social d'une ampleur peu commune qui secoue actuellement la France ne soit pas décidé à s'éteindre sous la brise de votre échec conjugal. La polygamie étant interdite en France, et votre (in)efficacité n'allant pas jusqu'à rompre un mariage conclu le matin-même, que nous préparez vous pour le 13h demain ?


Par * Andromède * - Publié dans : En vrac
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