Jeudi 27 décembre 2007
Aujourd'hui, j'ai appris que ma candidature au Master d'Histoire du Droit avait été retenue. Je ne sais pas trop qu'en penser. D'un côté, il y a le soulagement, je sais ce que je ferai l'an prochain. De l'autre côté, je ressens un peu comme une déception : je vais encore faire du droit. Mais c'est ce que j'ai voulu, et j'espère que ce Master saura m'y redonner goût. Enfin, j'ai tenté une opération d'auto-sabotage inconscient de mes études, et j'ai échoué. Je ne sais pas encore si je dois m'en réjouir. Il semble que la vie veuille me remettre dans le droit chemin. Il y a ainsi des passages de ma courte existence où je me suis sentie comme une joueuse : je lance les dés, c'est bien moi qui les lance, mais ensuite ... Je laisse faire le hasard, la vie. Est ce qu'ainsi je fuis les décisions ? Je n'en sais rien. Quelque part oui, les décisions me font terriblement peur. Parce que, je te l'ai assez répété je crois, décider c'est renoncer. Alors je n'aime pas décider, parce que j'aimerais toujours tout faire, tout goûter, tout savoir. J'ai une soif insatiable de découvertes.
En septembre dernier, les hésitations concernant mes choix d'avenir étaient déjà très grandes. J'étais en stage en cabinet d'avocat, dans la ville où j'avais été lycéenne quelques années auparavant, et j'en avais profité pour rendre visite à ma prof de littérature de terminale, dont l'enseignement m'a durablement et positivement marquée. Elle m'avait demandé ce que je devenais, et si ce que je faisais me plaisait. Pour la première fois, j'avais répondu que non, pas vraiment. Jusque là, je me le disais à moi-même, mais jamais je n'en avais parlé à personne. Ca m'avait étonnée, que ça sorte comme ça pour la première fois avec elle. Elle m'avait demandé pourquoi. Je lui avais répondu que je m'ennuyais, et que j'avais surtout l'impression que je ne savais rien, et d'avoir perdu ces 3 dernières années d'études.
Elle m'avait à ce moment là parlé de Socrate, qui disait : "Plus j'apprends, et plus je m'aperçois que je ne sais rien". J'avais beaucoup réfléchi à cela à l'époque, mais j'en mesure aujourd'hui vraiment la portée, devant l'immensité des possibles, et l'étendue si minime de mes connaissances.
Alors oui, prendre une décision sur mes études, je n'aime pas cela, parce que je voudrais tout faire. Devant les nombreux choix qui s'offrent à moi, je me dis que c'est stupide de perdre mon temps dans des choses qui m'ennuient. Stupide, mais probablement la chose la plus raisonnable à faire là où j'en suis. Plus je parle autour de moi de mes hésitations, et plus je me sens comme une enfant capricieuse qui aurait décidé qu'elle ne voulait pas quelque chose sans bien savoir pourquoi.
J'aimerais écrire, mais je n'ai pas encore la maturité qu'il faut pour faire vraiment quelque chose, et quand bien même, il serait très prétentieux d'envisager d'en vivre. Je ne suis pas prétentieuse.
Dans ces moments de ma vie mon paradoxe atteint son apogée : je déteste me poser toutes ces questions / je détesterais une vie toute tracée ; je me lasse vite des choses et des gens / j'ai besoin de stabilité ; j'aime qu'on choisisse pour moi / j'aime pouvoir avoir le choix. Quelque part je me complais dans mes paradoxes.
Je pensais à toi tout à l'heure : tu es la personne qui me connaît le mieux actuellement. Parce qu'en un an, j'ai énormément changé, sur tous les plans. Parce qu'aujourd'hui, ma vie n'est que doutes et promesses à moi-même mal tenues. Parce que je ne suis plus celle que j'étais hier : pétrie de certitudes, pleine de projets d'avenir, sûre d'elle-même. J'ai la sensation d'être devenue tout le contraire.
Je suis là, consciente et consistante, et pourtant : je me sens ballottée par les vagues, au gré d'envies qui ne sont pas les miennes et de ton amour qui chaque jour me manque plus cruellement encore ...
Et malgré toutes les incertitudes qui me hantent en cet instant, il est au moins une chose dont je sois certaine : le temps passe, mon amour reste. Je t'aime. Je sais aussi qu'une relation stable avec toi m'aurait probablement aidée à me trouver. Je sais qu'avec toi j'aurais pu faire des projets. Je sais ... Je sais surtout que ça n'a pas été le cas, et qu'il ne faut pas chercher dans l'Autre ces certitudes et cette stabilité qu'on ne peut trouver qu'en soi-même.
J'écris ton absence, car si les paroles s'envolent, les écrits restent.
J'écris en silence, car si le temps s'envole, mon amour reste.
23/07/2007 – HUÉ
Nous prenons le bus de nuit pour rejoindre Hué. Dix heures de bus, une nuit horrible. Les « soft seats », soi disant larges et spacieux s’avèrent bien minuscules pour nos jambes d’occidentaux, la route peu confortable, la clim loin d’être performante par cette chaleur étouffante, la pause du chauffeur à 3h du mat’, pour manger, guère en phase avec nos cycles de sommeil et le concert de klaxons tout au long de la nuit pouvant faire pâlir de jalousie n’importe quel coq insomniaque. Sans compter la peur permanente de l’accident, la conduite au Vietnam n’ayant rien de très orthodoxe. Rien de très rassurant sachant que cela faisait trois nuits d’affilée que je rêvais que j’étais dans le coma, rapatriée d’urgence en France … De quoi même faire flipper T...–le–zen :).
Enfin, nous arrivons à Hué, certes courbaturés et ayant peu dormi, mais au moins sains et saufs ! Hué est une ville très touristique, où rivalisent les propositions de motorbikes ! Pour avoir la paix nous louons deux vélos et partons à la découverte de la citadelle, haut lieu symbolique du temps des empereurs mais aussi de la guerre du Vietnam, la citadelle passant des mains des sud-Vietnamiens à celles des Vietcongs lors de massacres aisément envisageables.
Le plus agréable dans cette balade reste encore une fois le fait de se perdre au hasard des rues, débouchant dans des lieux un peu paumés, où rares sont les touristes à s’y être égarés et où les habitants sont ravis de nous voir. Au cœur même de la citadelle, loin de l’agitation ambiante, se trouvent des habitations rurales où le quotidien des habitants reste l’agriculture et la pêche. Nous passons près d’une heure dans une galerie d’art. Moment émouvant pour ma part, les artistes ayant vu que j’étais moitié vietnamienne, et après que je leur aie partagé mon histoire, me mettant pendant une heure une chanson en français racontant l’histoire d’une vietnamienne née en France et exprimant son désir de découvrir le pays d’où vient son nom qu’elle ne sait pas prononcer, ses cheveux si noirs et ses yeux bridés. Et moi qui ne sais pas prononcer mon vrai prénom…
Pendant que nous admirons les tableaux, les apprentis dessinent le portrait de T... Et le mien, mais je n’aurai pas la chance de recevoir le dessin, mais me ferai tirer le portrait dans un bar au bord du fleuve, un peu plus tard.
--- Mercredi 19 décembre --- T... m’a offert le croquis qu’on m’avait tiré dans la galerie ---
Par * Andromède *
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Publié dans : 3) M ... Elle
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