Mardi 12 septembre 2006
Au hasard d’un trottoir, je prends une photo. Les bateaux-moches filent et les reflets de mon passé défilent sur la Seine. Je me promène, le corps léger mais le cœur en larmes. Quand cesseras-tu de me hanter ?
Une journée magnifique, des Parisiens souriants, un jeune homme charmant : ce n’est pas courant. Mais tout cela, je l’ai obtenu trop facilement. L’être humain est ainsi fait qu’il ne désire ardemment que l’inatteignable. Tu m’as enchaînée, entraînée, dans les illusions d’une passion à laquelle tu ne cèderas pas. Tu aimes plaire, ne sais pas dire non. Mais notre histoire s’arrête là. Rien de plus à espérer, aucune place à usurper dans ton intimité déchaînée. Je ne voulais pas céder à la colère devant toi. J’ai intériorisé, repris mon souffle, fait rattraper à mon cœur les battements qu’il avait sautés.
Inspire. Expire.
Maintenant, je marche, furieuse. J’en veux à la terre entière, je fulmine de ne savoir partager ma peine, de ne comprendre que la tienne. Je t’en veux de m’avoir laissée croire, et te supplie de ne jamais m’enlever l’espoir.
Je ne sais pas ce qui a ramené mes pas jusqu’ici ? Assise sur un parapet, les pieds dans le vide, et un peu plus loin l’eau qui s’enfuit. A mes pieds, les gens qui passent. Dans mon dos, le panneau des bateaux-moches, trop chaud d’avoir passé l’après midi au soleil. Le métal brûle mes omoplates, mais je m’en moque, car mes pensées suffoquent.
Je ferme les yeux, et soudain j’entends tout. Les peines partagées, les envies négligées. Je m’ouvre à cette humanité torturée. J’oublie mes chagrins, anodins face au poids des lamentations de ce monde. Je saisis les pensées, elles s’entremêlent dans ma tête, puis se séparent et reprennent leur chemin.
Une femme anéantie d’avoir perdu son enfant, encore une fois trop tôt. Un homme, soucieux de ne pas perdre l’amour de sa vie pour une stupidité sans lendemain. Un vieillard anxieux, qui s’apprête, sur le seuil de la maison de retraite, à renoncer au lendemain. Un enfant larmoyant sur la tombe de sa maman. Un poète cherchant ses mots, se laissant envahir par la rage de ne plus les trouver. Une gardienne de prison recroquevillée dans la cellule où on l’a tabassée. Une diseuse de bonne aventure terrassée par une fin sordide qu’elle avait vue venir. Un officier de la police judiciaire qui vient de retrouver, découpé, le corps de la jeune femme sur laquelle il enquêtait depuis des mois.
STOP !
Je n’ai pas les épaules assez solides pour porter le malheur du monde. Je ne prétends pas au bonheur, je veux simplement ne plus avoir peur. Peur de m’engager, peur de sombrer, peur d’oublier.
Mais j’ai compris, et je m’en vais le cœur plus léger. Je ne suis pas la plus malheureuse dans ce monde.
Je sors de cette torpeur salvatrice, je m’étire. A trop lézarder au soleil, le bout de mon nez est devenu rouge. Je frotte mon visage, comme pour chasser les dernières images du mirage des ruines de mon âme. Je souris. Je saute sur le trottoir, et affiche une mine ravie à la face de ce monde que j’ai côtoyé l’espace d’un instant. Je croise un regard, séducteur. Mes oreilles sentent mon sourire qui s’élargit. Me voilà repartie.
Par * Andromède *
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Publié dans : Rencontres
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