
Pas de nouvelles de toi depuis presque deux jours... Tu me manques, ne pas avoir de tes nouvelles me manque. Essaies tu de mettre des distances entre nous avant ton retour à Paris ?
Est ce que je me rappelle vraiment comment étaient nos baisers ? Il me semble, dans un sentiment désagréable, que leur souvenir sensoriel s'efface peu à peu. Me retrouves tu encore dans tes rêves ? Tu as déserté les miens depuis que je suis rentrée à Paris. Je fais des rêves très étranges, que j'oublie quelques heures après le réveil si je ne les note pas tout de suite. Mais tu n'y es pas, je le sais.
Ma main est presque redevenue normale. Je passe ma journée à jouer aux Legos avec les filles.
J'ai reçu un texto d'O... ce matin, qui disait :
"Bientôt dans le Vercors. De retour après quelques années. Que de souvenirs ... On va repartir, pour Sisteron cette fois-ci. Je te raconterai :-)".
Il est parti avec sa copine en randonnée à VTT dans les Alpes, terminer cette grande traversée que nous n'avons jamais terminée ensemble. Il y a eu la rupture... C'est étrange ce sentiment de le savoir avec une autre, de le savoir reparti sur des sentiers défrichés avec moi, de le savoir dormir sous la même tente qu'elle, cette tente précisément que nous avions achetée tous les deux ensemble. C'est étrange oui, je me demande si il compare...
Ma chérie, sais tu qu'aujourd'hui encore, si je pense trop à toi, si je pense que je ne te serrerai plus dans mes bras, que nos lèvres ne s'aimeront plus, sais tu que ma vue se brouille et que mon coeur s'emballe ? Sais tu que ma gorge se noue, que mes poings se ferment, que ma mâchoire se serre ?
Tu le sais oui ... Et moi, je ne sais plus quoi faire pour t'oublier. Je n'accepte pas. Je me vois, je me sens, je me sais tourner en rond.
15/08/2007 - HANOI - RETOUR A PARIS
A l'image de l'évolution en Asie, c'est à vélo que nous avons découvert la première fois Hanoi, c'est en moto cette fois que nous arpentons la capitale. Au final, T... n'aura pas la rage.
Je ne veux pas garder comme souvenir du Vietnam ce que j'ai vu à Sapa. Je regrette que beaucoup de gens parlent de Sapa comme leur plus belle expérience au Vietnam.
Je veux garder comme souvenir ces journées passées dans le coeur du Vietnam pour moi, dans le delta du Mekong, auprès de la population, à partager avec rires jusqu'aux larmes et moments exceptionnels pour nous. Pour eux pas grand-chose, mais tellement pour nous.
Je voudrais que tout le monde puisse vivre ce que nous avons vécu là, mais restons réalistes, et égoïstes aussi. Ce que nous avons vécu là, nous l'avons vécu justement parce que ces endroits sont encore préservés de la folie touristique qui s'empare de l'Asie. Parce que la plupart des touristes du monde s'entassent dans les mêmes endroits, sur un même coin de plage ou de montagne. Nous avons partagé autant avec les gens parce que nous les avons rencontrés le sourire de notre bonheur d'être là dessiné sur notre visage, l'ouverture pour leur vie peinte dans nos regards, le respect pour eux dans le moindre de nos gestes.
Je veux garder en moi le bonheur des premiers pas dans ce pays qui est à moitié le mien, la joie d'être reconnue par certains comme telle, la fierté d'arborer mon premier prénom auprès d'eux, la timidité de tenter de le prononcer car au final, j'en suis bien incapable.
De la culture vietnamienne, je n'en ai que peu. Cependant, elle est ancrée en moi, que je le veuille ou pas. Et après ce mois vécu ici, c'est sûr : j'en veux, et j'en suis fière.
Je reviendrai.

La date de ton retour approche.
Je me demande ce que tu feras lorsque tu rentreras. Vas tu m'appeler ? Me contacter de quelque manière que ce soit ? J'essaierai de n'en rien faire de mon côté, et pourtant j'espère que toi, tu le feras. Je ne sais pas vraiment ce que je veux. C'est certainement toi qui décideras.
Je suis fatiguée, fatiguée... Comme si la fatigue de ce mois de travail physique s'amassait d'un coup. Je vais dormir.
Je t'embrasse. Tendrement, j'aimerais bien.
Quelle ville touristique. Sapas se trouve dans la partie montagneuse du Vietnam, connue pour les nombreuses différentes ethnies qui y habitent. Costumes traditionnels, artisanat traditionnel, culture traditionnelle.
Hélas, ces peuples s’orientent beaucoup vers le tourisme, forts du succès touristique de leur région. Il est vrai que les paysages ici sont si beaux : montagnes, rizières, cascades…
Il n’empêche que le succès touristique de la région s’en ressent sur la relation que l’on a avec les gens. J’ai l’impression d’être un portefeuille sur pattes. Cette image d’autant plus réaliste quand nous faisons une rando de 15 kilomètres suivis par 4 Hmongs dans le seul but à la fin de nous vendre des choses plus moches les unes que les autres. « I followed you, so you buy me something »... --> Did I ever ask you to or even make you think that I wanted you to follow me?
…
Cependant certains touristes se plaisent dans cet élément. Ils se sentent proches des Vietnamiens ici. Moi je me crois à Eurodisney, mais il manque Mickey.
Pas une image terrible pour moi donc, Sapa. De belles randos certes, de magnifiques paysages, déjà vus pour ma part en Chine les années précédentes.
T... se fait mordre par un chien, il craint d’avoir la rage, nous rentrons à Hanoi.
J'ai envie de te dire beaucoup de choses, mais je suis très fatiguée, et surtout, de plus en plus je me dis que vraiment, ce "journal" ne rime à rien.
Ce matin au réveil, j'avais un texto de toi qui me disait, concernant ton amour pour moi, que quelqu'un que tu aimais plus que tout au monde t'avait dit un jour que l'amour ne suffisait pas, qu'il y avait aussi la compatibilité, et qu'elle primait sur l'amour, aussi fort soit-il. Tu me dis qu'à l'époque tu n'étais pas d'accord. Cela sous entend qu'aujourd'hui tu l'es. Pourquoi ?
Je t'ai répondu que tu ne m'aimais pas assez. Je t'ai répondu que lorsque la raison parvient à l'emporter sur l'amour c'est que cet amour n'est pas, ou plus, assez fort. Pour celui que tu me portes, je pense simplement qu'il n'est pas assez fort. Il ne l'a jamais été, le temps n'est pas un problème pour nous, notre amour n'a pas eu le temps de s'effriter.
J'ai dit à O... en le quittant que oui je l'aimais, mais que l'amour ne suffisait pas, parce que nous n'étions pas faits pour vivre ensemble, parce que nous n'y arrivions pas, parce que ça nous a menés à des extrêmes qu'on ne doit pas tolérer dans un couple. Je lui ai même peut être parlé d'incompatibilité. Mais le quitter, tant que mon amour pour lui a été très fort, je n'y suis jamais parvenue. Je n'y suis arrivée que le jour où cet amour avait faibli, par les 4 années passées ensemble, par le mal que nous nous étions fait, par tout un tas de choses qui faisaient que je ne l'aimais plus autant qu'aux premiers jours. Pourtant, la raison aurait du m'amener à rompre définitivement bien avant. Mais "Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point" disait Pascal ...
Ce qui m'amène, oui, à te dire que tu ne m'aimes pas assez. Tu me dis que je suis sévère vis à vis de toi, et envers moi-même aussi. Possible. Probable.
N'est ce pas, par certains côtés, plus facile de simplement me dire que tu ne m'aimes pas assez ? Au moins cela me donne une bonne raison de ne plus m'accrocher, de te laisser filer... C'est plus facile. Plus lâche aussi sûrement de ma part.
J'ai gardé les petites aujourd'hui, de même que je les garderai pendant les 3 semaines à venir. C'était très agréable, rien à voir avec l'ambiance aux pêches, ni avec la fatigue. Je n'ai plus mal au dos. Et les deux filles étaient ravies de me voir.
Je me souviens de l'époque où j'avais cherché du travail ici pour fin août. Je me souviens que ma démarche était motivée par toi, par nous. J'espérais que nous serions encore ensemble à ce moment-là, et j'imaginais déjà que les 5 semaines de ton voyage où je n'allais pas te voir allaient être peuplées d'un manque immense (je n'imaginais alors pas à quel point), et je voulais donc être là lorsque tu rentrerais.
Bref... Ma main est toujours très enflée, même si ça va un peu mieux, et ça me démange terriblement.
Rien de très intéressant. Bon sang, je m'endors, et je me prends encore à t'imaginer t'assoupissant dans mes bras. Je t'aime tellement ...
Me voilà dans le train, je rentre à Paris et je n'en ai aucune envie. Une sourde angoisse m'étreint : que vais-je faire lorsque, toi aussi, tu seras rentrée ? Je n'aurai alors qu'une envie, je le sais : t'appeler, te voir, t'embrasser, te serrer fort contre moi. Mais même si tu me laissais faire tout cela, même si tu cédais parce que je te manque trop, parce que tu m'aimes, parce que tu en as terriblement envie toi aussi, finalement ... à quoi bon ? Ces quelques mots que tu m'as si souvent répétés "à quoi bon". Je veux que tu m'aimes, et que tu veuilles plus que quelques jours, quelques semaines, quelques mois avec moi. Je veux que tu m'aimes et que tu ne penses plus aux hommes avec lesquels tu n'es pas lorsque c'est avec moi que tu es. Alors raisonnablement, je ne devrais même pas penser à te revoir, parce que j'en souffrirai, d'une manière ou d'une autre, dans un moment immédiat ou un peu plus lointain. Et pourtant ... La même folie qui revient sans cesse : peu m'importe, du moment que tu es dans mes bras. Est ce que je peux souffrir à l'infini juste pour te sentir contre moi, pour me réveiller à tes côtés, pour m'endormir après t'avoir écoutée me dire n'importe quoi parce que toi, tu dormais déjà ? Je ne sais pas.
J'ai pensé à O... aujourd'hui. J'étais allée prendre un verre avec des amis avant mon départ. La chanson "unintended" de Muse est passée, "notre" chanson. Je lui ai envoyé un texto "Rien à faire, je m'envole toujours vers nos souvenirs quand j'entends Muse chanter Unintended". J'ai repensé à toutes ces choses que j'avais vécues avec lui, bonnes ou moins bonnes, et j'en ai ressenti une grande nostalgie. J'ai pensé à la manière dont il m'aimait : passionnément. J'ai pensé qu'il était prêt à tout pour moi, qu'il m'aimait inconditionnellement, déraisonnablement, durablement, qu'il voulait passer sa vie avec moi. J'ai pensé, comme dans un souvenir très lointain, à la sensation que cela procurait de se sentir aimée en sachant que la personne sera encore là le lendemain. J'ai pensé combien je l'avais aimé, et j'ai pensé à tout ce mal aussi. Pourtant il me manque parfois. Mais notre histoire est usée, nous avons raté notre chance. Il était trop tôt, et maintenant il est trop tard, la vie nous a séparés durablement.
Il m'a simplement répondu : "oui, je connais cette sensation ... content de voir que j'ai quand même laissé une petite trace dans ta mémoire".
Je suis allée voir ma grand-mère à l'hôpital aujourd'hui, avant de prendre le train. Je ne l'avais pas vue depuis son hospitalisation, les visites la fatiguent et fière comme elle est, elle ne voulait pas que je la voie dans son état. Mais je partais, et je ne savais pas quand je la reverrais. Alors j'y suis allée. Ma mère me décrivait son état jour après jour, me disant les progrès, les améliorations... Pourtant, aujourd'hui en la voyant j'ai eu un choc. Je me suis sentie très mal à l'aise, pas à ma place. Et pourtant. Elle était très contente de me voir. Mais ses mots ont été rares, elle semblait épuisée, elle a perdu 10kgs en 2 semaines. Plus que l'ombre d'elle-même. C'est une femme très forte, avec un caractère impossible, très dynamique, qui supporte très mal d'avoir tort et qui n'admet pas que son corps puisse avoir des limites. Elle que j'ai toujours vue si pleine de vitalité, j'ai eu aujourd'hui l'impression qu'elle était en train de lâcher prise et de se laisser aller. Elle parle sans cesse de mon grand-père qui n'est plus là. Elle dit que depuis sa mort, sa vie ce n'est qu'un vide qu'elle essaie de remplir. Elle pleure. Ca a été très difficile de la voir ainsi. Vraiment. Si fragile...
Pour finir, j'ai dit au revoir à mes parents, tristes de me voir partir, comme toujours... Je n'aime pas dire au revoir à ma mère lorsque je pars, parce que je la sens trop triste. Anormalement triste.
Je vais essayer de revenir très bientôt, parce que je n'ai pas eu le temps de voir mon frère aîné. Enfant, je voyais mes parents qui ne voyaient pas leurs frères et soeurs très souvent, et je ne comprenais pas comment c'était possible, alors qu'ils avaient habité ensemble si longtemps... Je me souviens d'une fois, lorsque nous habitions encore tous chez mes parents, j'avais dit à mon frère, alors que je devais avoir 8 ou 9 ans : "Dis, ça ne nous arrivera jamais de nous voir qu'une fois par an quand on sera grands, on s'aime trop, hein ? Parce que moi, si on se voit pas plus souvent tu me manqueras quand on n'habitera plus ensemble. Et comme on peut pas habiter toute sa vie avec ses frères et soeurs ...". Il m'avait pris dans ses bras et il m'avait dit que je pourrais venir chez lui quand je voudrais.
Je n'ai pas vu mon frère depuis Noël... 8 mois !
Aujourd'hui tu m'as envoyé un texto disant : "Hmm. 2 ou 3 jours sans nouvelle de ta part. C'est rare. Bon retour à Paris.". Je t'ai répondu par un long texto, que je n'allais pas très bien, que ce retour à Paris m'angoissait, que je n'étais pas prête, etc...
Je ne veux pas rentrer à Paris ... Vraiment pas.
J'ai, comme d'habitude, rêvé de toi cette nuit. Nous étions dans une sorte de camping, il pleuvait beaucoup, et je cherchais ma soeur parce que nous avions été expulsées de notre emplacement dans le camping, mais je ne savais pas dans quelle tente elle était. Je ne me rappelle plus très bien de cette partie du rêve. Je sais qu'ensuite, nous nous retrouvions dans un autre endroit, il y avait ton frère et une autre personne, mais je ne sais pas si c'était un homme ou une femme. En tous cas, il pleuvait toujours, nous étions devant une buvette qui servait des frites et des pizzas, dans une sorte de centre de vacances, et nous attendions pour manger, tout en discutant. Je sais que nous n'étions pas ensemble, mais ce n'était pas très clair pour moi en tous cas. Nous parlions de tout et de rien, et tu me lançais sans cesse de petites piques désagréables, sous forme de blagues. A chaque fois, ton frère me regardait, comme si il attendait une réaction de ma part. Petit à petit, cette situation m'énervait de plus en plus. Finalement, après une énième pique, je réagissais, et je disais que si tu ne voulais pas me voir et si ma présence ici n'était pas souhaitée, ce n'était pas la peine de me proposer de venir. Je concluais en jetant mon sac par terre et en disant que de toutes manières je n'avais plus envie d'être là, que tu étais trop désagréable, et que je m'en allais. Je partais, mais je voyais autour de moi des choses étranges, comme annonciatrices d'un danger. Je croisais un personne masquée avec un poignard très long dans la main. Cette personne s'approchait de toi. Elle te voulait du mal, du moins c'est ce que je ressentais. Et toi, tu la provoquais, tu l'insultais. Elle levait son poignard vers toi, et tu ne réagissais pas. Alors je lui sautais dessus et je lui prenais son poignard, je la menaçais, mon poignard dans sa nuque, et toi tu t'approchais de moi, dans mon cou, tu me murmurais à l'oreille de tuer cette personne. Tu me demandais de le faire pour toi, pour te venger. J'hésitais, ma main tremblait. D'un côté, je sentais que je devais le faire. D'un autre côté, je n'étais pas vraiment moi même, et je savais que tu te trompais. Je ressentais une pression énorme, et une angoisse oppressante. Finalement, je lâchais le couteau, la personne se retournait et te souriait, et moi je te disais, mais enfin, je ne vais pas la tuer, c'est une blague, elle ne te menaçait pas vraiment. Tu ne disais rien, je ne te voyais pas, tu étais derrière moi, il pleuvait toujours beaucoup, nous étions trempées, et je ne voyais plus grand chose, mais je sentais tes mains qui remontaient le long de mon corps alors je me retournais, tu me souriais, et tu me caressais tout le corps, je te touchais aussi, puis tu m'embrassais, longuement, c'était très doux, et tendre. Ton frère était toujours là, il nous regardait, sans surprise. C'est là que je me suis réveillée.
Mon train entre en gare, me voici à Paris. Quelle tristesse...
Rien ni personne ne parvient à me changer les idées assez pour que je ne pense plus à toi. Je me couche, et je pense à toi. Je suis dans mon lit, et je revois des tas d'instants ici qui me ramènent à toi. Des nuits sans toi, mais durant lesquelles je savais que je te retrouverais. Des heures au téléphone avec toi. Des heures de vide, de creux, à attendre un texto de toi.
La boucle est boucléee, me voici de retour et je n'ai pas avancé d'un pouce durant ce séjour sur lequel je misais pour prendre mes distances, pour passer à autre chose. Mais je n'ai rien fait pour... Je t'attends.

Ma soeur est là ce soir. Nous avons passé la soirée avec mon amie d'enfance. Dans la journée, nous sommes montées jusqu'au château de Crussol. Le temps était dégagé, le ciel magnifique. J'ai ouvert les yeux, un peu à travers mon appareil photo. Il y avait très longtemps que je n'étais pas retournée là-haut, depuis le collège et les entraînements de course à pied dans ces collines aux pentes ardues. Je repense au message dans lequel tu me disais : "les moments durant lesquels je te manque le moins sont sûrement ceux où tu passes de bons moments, avec des gens que tu apprécies, jusqu'à tomber amoureuse de nouveau, un jour".
Une chose est certaine : ce jour n'est pas encore venu.
Plus je me sens entourée, et plus je pense à toi. Je tente de t'oublier, de ne pas te contacter, quelque part je veux te donner une chance. Pourquoi ? Parce que je ne veux pas que tu te souviennes de moi simplement parce que sans cesse je me rappelle à ton souvenir. Si tu te rappelles de moi je veux que ce soit parce que tu ne parviens pas à m'oublier. J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour que ce soit le cas. Sans nouvelle de toi, je me pose des questions, des questions et des questions.
Je t'aime. J'ai envie de te l'écrire, de te le dessiner, de te le dire, mais je lutte pour ne pas le faire. Pour bien faire, je suis montée me coucher en éteignant mon téléphone et en le laissant dans le salon. Pour ne pas l'avoir à mes côtés, sans cesse tentée par ce message que je crève de t'envoyer : "je t'aime".
J'ai pleuré ce soir, longtemps. Je pleure tout le temps, dans mes rêves, dans ma vie. J'ai pleuré mes échecs, dans lesquels tu tiens une grande part. Je me suis sentie profondément malheureuse devant mon impuissance à te retenir comme je l'aimerais. Aujourd'hui, je te veux engagée.
Je t'embrasse. Je lutte, le perçois tu, à l'autre bout du monde ? Te poses tu les mêmes questions que moi ? Je lutte oui, pour ne pas sans cesse te crier mon amour, puisque cela n'a plus lieu d'être.
Arf.
10 heures de train dans un train sale et non climatisé… Je me bats avec mon voisin d’en face sur la position de la fenêtre. Il me fume cigarettes sur cigarettes à la face.
Arf.
Voici mon dernier jour de travail au ramassage des fruits qui s'achève. Ainsi, le jour de mon retour à Paris se fait de plus en plus proche, entraînant par la même une angoisse grandissante en moi. Que faire ? Je te sens très proche, et en même temps très loin, je ne sais pas vraiment où tu en es dans tes réflexions. J'aimerais tellement te parler, mais après tout, à quoi bon ? J'ai en tous cas la certitude que mon séjour ici ne m'aura pas permis de couper les ponts.
La journée a été dure, une fois de plus. J'ai eu très froid, surtout ce matin, il faisait 7°C lorsque je suis partie de chez moi. Terrible pour un mois d'août. Il a encore plu. Pour ne rien arranger, je me suis fait piquer hier par je ne sais quel animal, et ce matin ma main avait doublé de volume.
Enfin, en rentrant j'ai pris un très long bain, je m'y suis endormie. Il y avait longtemps... Des années. La dernière fois, je m'en souviens très bien, j'habitais encore avec O... Il me semble aujourd'hui que c'était une autre vie. Et pourtant ! Deux années à peine.
J'ai pensé à toi, j'ai pensé qu'aujourd'hui encore, quelqu'un t'avait touchée sur tout le corps pour te masser, et je n'ai pu m'empêcher d'éprouver un pincement au coeur, de jalousie peut être, de frustration surtout, car je ne peux plus te toucher, moi !
Le jeune Tunisien qui travaille avec moi est venu me trouver à midi. Il m'a dit qu'il m'aimait. Je n'ai rien répondu. Il m'a dit que je pouvais venir le voir quand je voulais en Tunisie, et que si je lui donnais mon adresse à Paris, il viendrait me voir quand je voudrais. Qu'il pourrait même chercher du travail en France. Je ne savais pas vraiment quoi lui dire. J'étais étonnée. Je ne comprenais pas qu'il puisse imaginer quelque chose avec moi, après la vision de la femme qu'il m'avait très bien expliquée avoir : les femmes ne font pas d'études, elles doivent servir leur mari à la maison, etc ... schéma traditionnel classique. Il a compris mon silence, j'imagine...
J'ai encore rêvé de toi la nuit dernière. Au début, nous étions dans une sorte de très grand fleuve, avec des montagnes autour, très verdoyantes, et nous nagions, en remontant le courant. Finalement, nous arrivions à l'endroit où nous voulions aller, et nous sortions de l'eau. Là, un peu comme dans le métro, il y avait des tourniquets pour sortir. Tu passais d'abord, et moi ensuite, mais un homme me barrait le passage, m'empêchant de te rejoindre, en fait il voulait passer en même temps que moi, et il m'écrasait le pied. Tu me regardais et m'attendais puis, impatiente, tu le bousculais un peu et je parvenais ainsi à passer. Nous n'étions pas ensemble, nous avions rompu, et c'était la première fois que nous nous revoyions après la rupture.
Ensuite, nous marchions dans la rue. Tu étais à ma gauche, je te regardais. Je te trouvais très belle, et je me très attirée par toi. Tu avais quelques mèches de cheveux dans les yeux, alors j'en profitais, je te caressais le visage pour les écarter, puis le cou, tendrement. Tu continuais de regarder droit devant toi, et tu me disais : "s'il te plaît". Et je ne savais pas si cela signifiait s'il te plaît arrête ou s'il te plaît continue. A ce moment là tu te tournais vers moi, attirante comme jamais, et je déposais un baiser sur tes lèvres. A partir de là, tout basculait. Ton visage irradiait de bonheur, tu m'embrassais, encore, encore... Tu me disais que je t'avais manqué. Moi, je me sentais bien, tellement bien ... Il y avait beaucoup de monde autour de nous, dans la rue, mais tu ne semblais pas t'en préoccuper, jusqu'au moment où tu en prenais conscience et où tu avais l'air un peu gênée, mais ça ne t'empêchait pas de continuer à m'embrasser. Finalement, tu me regardais, et tu me disais : "Comment c'est l'expression déjà ? "Il faut le faire pour le croire"... C'est ça ? Non, ce n'est pas ça. C'est quoi alors ?". Moi, je savais que c'était "il faut le voir pour le croire", mais je n'arrivais pas à le dire, les mots restaient bloqués. Finalement, tu souriais, et puis tu me disais, que peu importait, tu avais envie de me raconter ton voyage (au Vietnam), et de me montrer tes photos. Tu ajoutais que tu avais aussi envie, pour être sûre de m'avoir bien retrouvée, que nous allions chez toi. Ensuite nous nous retrouvions chez toi, sur ton lit, allongées à regarder les étoiles (et pas seulement celles de ta lampe, les vraies étoiles, ne me demande pas comment !). Le moment était très tendre, très doux, fait de désir, de caresses, de sensualité. Finalement, nous faisions l'amour. C'était bon, très bon, et je pensais combien tu m'avais manqué, je pensais au nombre de fois où je m'étais dit, le coeur serré, que je ne te tiendrais plus jamais dans mes bras. Enfin, ensuite tu étais allongée dans mes bras, sur le point de t'endormir, et tu essayais d'articuler une phrase que je comprenais difficilement : "je me suis trompée, je ne peux pas vivre sans toi". C'est à ce moment là que je me suis réveillée. J'ai pleuré.

Je t'aime. Terriblement. Ces mots son tellement forts déjà, je ne devrais rien écrire de plus. Pourtant, je ne peux pas m'en m'empêcher. J'en ai besoin. J'ai beaucoup pensé à nous ces dernières semaines. Je vais te raconter notre histoire :
Dans les méandres de nos corps alanguis, j'ai cherché la rédemption de mon coeur brisé avant toi. J'ai trouvé la lueur, celle qui m'a permis de reprendre la route et d'oublier en chemin les poids du passé qui pesaient tant sur mes épaules. J'ai espéré que la suite du parcours se ferait avec toi, j'ai espéré que main dans la main nous chasserions nos vieux démons pour nous construire. Je t'ai aimée comme je t'aime encore, passionnément. Je t'ai désirée, je t'ai écoutée, je t'ai respectée, je t'ai témoigné tout mon amour par cette capacité à donner qui est mienne.
Mais une bifurcation est survenue durant notre cheminement, et je n'ai pas su te convaincre de me suivre sur le chemin de gauche, plus tortueux, à la pente plus abrupte. Je n'ai pas su te convaincre que les embûches n'étaient rien comparées à l'amour que je te portais, je n'ai pas su te convaincre de me suivre. Je n'ai pas pu te dire une chose en laquelle je ne croyais déjà plus : je n'ai pas pu te dire que l'amour suffisait à vaincre tous les obstacles. Tu as pris l'autre chemin, celui où je ne pouvais pas aller, celui qui signifiait que nous devions nous séparer car nos regards ne se portaient plus dans la même direction.
Seule, je n'ai pas trouvé la force de continuer. Je me suis assise sur le bord de la route, et j'ai pleuré longtemps, la tête dans les mains, levant de temps à autre les yeux pour te voir t'éloigner de l'autre côté, peu à peu, pour finalement disparaître dans la courbe de la Terre.
J'étais seule, terriblement seule, et les larmes coulaient sans que je n'y puisse rien. Et plus je sanglotais, plus mon corps se vidait de ses forces. Bientôt, je n'en eus plus aucune, et je m'assoupis dans l'herbe abondante du bord de sentier. Je rêvai longtemps, tu vins me rendre visite, tendre et rassurante, mais dure dans ta décision, dans la force de ton choix, dans ta certitude. Pourtant, je ne voulais cesser d'y croire.
Lorsque je me suis réveillée, j'ai vu à quel point cet endroit de la croisée des chemins était magnifique. Les papillons voletaient sur les cerisiers en fleurs, le ciel d'un bleu azur illuminait le monde de couleurs lumineuses, le lieu, d'un calme épanouissant, appelait tout entier mon corps à la rédemption. J'ai regardé alentour pour n'y voir que la nature luxuriante à perte de vue. Je me suis sentie étrangement apaisée, et j'ai su que ma décision était prise : c'est ici que j'allais t'attendre. J'étais persuadée que, t'apercevant que le chemin que tu avais pris n'était pas celui de ton bonheur, tu me reviendrais lorsque tu comprendrais ton erreur.
Dans les jours qui suivirent, je construis une habitation de fortune. Certes, elle ne résisterait pas au temps, mais je ne comptais de toutes manières pas t'attendre des années.
C'est ici que je suis en ce moment même, t'attendant, une pointe d'espoir persistant dans mon coeur. Je ne t'attendrai pas éternellement ... Tu le sais, si quelqu'un, ou quelqu'une, vient à passer, se dirigeant vers les mêmes horizons incertains que moi, si mon coeur bondit à l'idée de suivre cette personne sur l'avenir cahotique de mes désirs, de ses désirs, de nos désirs, je n'hésiterai pas une seconde, car tu m'as demandé de ne plus t'espérer.
J'attends la révélation de ce que tu as laissé derrière toi : le feu qui m'a consumée dans nos nuits égarées s'est-il mué aujourd'hui en braises ou en cendres ? Si les braises de ce feu de joie sommeillent encore en moi, tu le sais il te suffira de laisser un souffle tendre s'échapper vers elles, les attisant, les transformant, pour qu'elles renaissent à notre amour. Si je ne suis plus que cendre, ton pouvoir ne pourra plus rien, car tel le phénix, je renaîtrai de nos cendres, mais pour m'élever vers des cieux nouveaux, plus forte encore qu'auparavant, plus sage sans doute grâce à cette mémoire en filigrane de nos erreurs.
Shopping + massage.
Hm… massage…
Retour à Hanoi tard le soir.

Une journée épuisante s'achève. Aujourd'hui de nouveau, de la pluie, des orages, du vent, le froid en plein mois d'août. J'ai passé la journée à ramasser trempée de la tête aux pieds, pendant 9h. Très agréable. J'ai eu froid de nouveau, d'autant plus que j'avais très peu et mal dormi. Des cauchemars, toujours des cauchemars ...
Je m'ennuie de toi. Pourtant les journées passent à une vitesse sidérante. Je n'ai pas une minute à moi, mais je ressens un manque, comme si je n'étais plus entièrement moi. Je m'ennuie de cette part qui me manque et qui est toi.
Plusieurs textos de toi ce soir, pendant que je jouais au tennis. Tu me dis que vous avez trop bu, que T... a vomi. Je perçois bien, à la teneur de tes messages, que tu n'es pas non plus dans ton état normal : tu me dis que tu m'aimes... Et puis, tu me demandes si tu dois m'appeler lorsque tu rentreras : à nouveau, de ta part, une demande sur ce que tu dois faire ou ne pas faire. N'as tu pas compris la dernière fois déjà que je ne voulais plus que tu me poses ce genre de question ? C'est à toi de décider, je n'ai rien voulu de ce qui nous arrive aujourd'hui. La rupture, c'est toi qui l'as décidée. Oui mais maintenant tu me dis qu'en rentrant tu n'auras qu'une envie, celle de me voir, de m'embrasser. Mais que quand tu réfléchis mieux, tu penses à ton désir de fonder une famille. Deux textos plus tard, tu conclus par : "ah, et : ptg, je t'aime. et merde.". Tu parles mal. Et tu as bu. Parfois je me demande si tu prends la mesure de l'impact que tes mots ont sur moi. Tu m'aimes, ça fait un peu mal, mais ça me fait sourire. Pourtant tu me connais, je ne peux m'empêcher de penser : et ? Rien...
Tu me dis que ce qui fait notre différence dans la manière de voir les choses, c'est que j'ai 22 ans et que tu en as 26. Je ne crois pas. Ce qui fait la différence, c'est ton incapacité à assumer cet amour.
Je ne dirai rien de plus pour cette fois. Tu sais que je t'aime. Tu sais qu'il n'en faudrait que très peu pour me récupérer. Ce très peu pourtant te semble immense, il se nomme engagement. Tu sais que quelque part au fond de moi subsiste un espoir, celui de construire quelque chose avec toi, un jour. Je ne te l'ai jamais caché.
Enfin, je dis ça mais je sais parfaitement bien que devant toi les plus sages de mes décisions s'évaporent. Je sais, et tu le sais aussi, que pour un simple baiser je me brûlerais les ailes bien volontiers, encore et encore...
Nous partons en moto à la recherche d’une île au Nord Est de Tra-Vinh.
On s’arrête au niveau d’une maison pour prendre quelques photos du paysage et des maisons qui sont magnifiques. Les habitants de la maison devant laquelle nous nous sommes arrêtés sortent et nous accueillent à grands bras ! Je les prends en photo et parcours donc les 15 mètres qui nous séparent afin de leur montrer leur photo de famille. Ils ont l’air d’apprécier ! Je ne comprends pas ce qu’ils me disent, ils ne parlent pas un mot d’anglais. Ils me montrent alors leurs cocotiers, je leur souris, l’air de dire « chouette ! ». L’une des femmes prend alors une perche et s’évertue, du haut de son mètre 30 (les vietnamiens sont pas bien grands !) à faire tomber deux noix de coco située à pas moins de 15 mètres de haut ! (à vue d’œil, bien sûr). Elle les tranche alors d’un coup sec et nous verse un jus. Hmmmm. La première fois que je vais goûter ça ! On peut pas faire plus frais, ça tombe bien ! et… arf malheur, on peut pas faire plus frais, mais… j’aime pas ! bon je me force par politesse hein :)
On entame la discussion, en vietnamien et en langage des signes. Il s’avère au final que T... reviendra dans 2 ans épouser la fille de la famille âgée de 16 ans , et pour ma part, me voilà engagée avec le fils de la famille, 20 ans, qui se trouve je sais pas trop où mais dont j’ai la joie de voir la photo :)
On leur offre des ballons aussi bien aux petits qu’aux moins petites :) de chaleureux au revoir, et nous voilà repartis pour nous arrêter 500 mètres plus loin dans une nouvelle famille. Les enfants sont adorables et je leur confie mon appareil pour qu’ils s’amusent à prendre des photos. T... partage un verre d’alcool de riz avec les hommes de la famille,. Pas trop quand même hein, faut conduire !
On trouve ensuite, grâce aux indications de nos hôtes, le ferry pour rejoindre l’île. Une fois arrivés, on se pose dans un café pour s’assurer que la gérante gardera la moto pendant qu’on se balade l’après midi. Un homme bien sympa vient nous tenir compagnie, et va à nouveau nous cueillir une noix de coco. T... a droit à un shooter de je sais pas trop quoi comme alcool, en tous cas, ça sent fort ! Que c’est bon d’être une femme :) je savoure mon coca !
La balade sur l’île est très agréable. Les gens sont quelque peu intrigués de notre présence, mais la glace se brise quand nous allons jouer une partie de foot avec quelques bambins. C’est ça qui est agréable avec T..., il ne dit jamais non et répond toujours à mon enthousiasme de manière très positive ! Je propose, un peu timide en me disant qu’il va me dire non, et hop le voilà qui dit oui et nous voilà à gambader avec ces gamins ! On joue dans la boue, c’est très drôle :) on s’en met partout, transpirons très rapidement. Ils ont la forme, les petits ! Bières et cigarettes, pas bon pour la forme ? Qui a dit ça ? Enfin, c’était bien marrant !
Il fait bon passer cette journée sur une île, loin de toute agitation. Le chemin est étroit et entouré de cocotiers, maisons et toutes sortes de végétation.
Une Vietnamienne vivant désormais au Canada nous conseille un resto bar au bout de l’île. Nous allons récupérer la moto, et le chemin étroit est submergé de végétation. C’est très amusants de tâcher d’éviter ces branches à fond la caisse, on a l’impression d’être dans un jeu vidéo ! Pas facile ! La femme du bar, bien que ne parlant pas un mot d’anglais, est très accueillante et semble croire que T... parle vietnamien ! On découvre alors que nous ne sommes pas les seuls occidentaux arrivés jusque là, il y a un livre d’or, pas très rempli, mais on se fait un plaisir de rajouter une trace de notre passage.
Nous rentrons à temps à Tra-Vinh pour éviter le gros de la pluie qui s’est mis à tomber, reste d’un typhon parait-il.
La pluie est toute une attraction pour les enfants, et ils sont nombreux dehors à se jeter tout habillés dans les flaques à même la route !
Avant de rentrer à l’hotel, T... m’explique comment conduire la moto, passer les vitesses. Bon, il fait nuit, j’ai un peu bu, c’est pas l’idéal, mais j’ai hâte d’essayer à nouveau !!
Karaoké. :)
Rentrés à l’hotel vers 22h30, nous trouvons les grilles fermées. Une fois ouvertes, nous découvrons que les 4 gardes de nuit s’adonnent à une petite fête, avec alcool de riz à volonté. Ils nous invitent à nous joindre à eux. Le principe est de désigner quelqu’un et de partager son shooter d’alcool avec. Hm. Nous passerons 2 heures avec ces gens qui ne parlent pas un mot d’anglais à rire beaucoup, boire beaucoup, une dizaine de verres pour T..., une vingtaine pour moi. J’essaie au bout de 8 verres de faire croire que je suis enceinte pour qu’ils arrêtent de me servir, ça ne marche pas bien sûr… :) en plus Thomas me dénonce, le traître. Enfin, il va jusqu’à manger une pâte de poulet, beurk. Cartilagineux, tu m’étonnes… Boire, encore boire… un policier de Saigon en vacances ou je sais pas trop quoi se joint à nous… Boire… Arf…
Inutile de préciser que le réveil le lendemain est difficile.
Il pleut, nous rentrons à Saigon.
Après deux jours sans nouvelles, aujourd'hui j'ai eu plusieurs textos et un mail de toi.
J'ai beaucoup pensé à tes cauchemars. Aux miens aussi. J'ai pensé à cela, au fait que chacune de notre côté, nous faisions ces cauchemars qui reflétaient nos angoisses, nos craintes, nos douleurs, mais aussi probablement, quelque part, nos attentes, nos espoirs, nos réalités.
J'ai pensé à ton rêve où tu as cet accident, tu es en fauteuil roulant et tu ne te souviens plus de moi ensuite. J'ai pensé à la tristesse qui s'en dégageait, ma tristesse parce que tu m'avais oublié et que ça me faisait souffrir, la tienne parce que tu sentais que tu me faisais de la peine sans vraiment pouvoir y faire quelque chose.
J'ai lu ton mail, j'ai ressenti beaucoup de choses. Je me suis demandé à quel point ta situation avec T... était claire. Je me suis rappelé que tu avais dit que tu serais franche avec lui avant votre départ, pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, sur le fait que vous partiez ensemble mais que tu ne voulais rien de plus avec lui. Je ne sais pas si tu l'as fait. Ca m'étonnerait. Je me demande à quel point maintenant tu entretiens le trouble, ou à quel point tu l'encourages en restant floue, comme tu sais si bien le faire, consciemment ou non. Ca ne me regarde plus, mais je ne peux pas m'empêcher d'y penser.
J'ai entendu aujourd'hui une jolie phrase, qui m'a fait penser à toi, c'était : "On me dit que je suis une girouette. Pourtant ... Messieurs, est il utile de vous rappeler que ce n'est pas la girouette, mais le vent qui tourne ?".
Dans ton mail tu me dis te demander ce que je fais de mes journées ... Je travaille beaucoup, je rentre épuisée, je pense à toi en permanence. Les jours passent et rien n'a changé : tu me manques toujours autant, et j'ai toujours aussi mal aux muscles des épaules le matin en me levant, après 3 semaines 1/2 de travail déjà. Tout est trop. Trop lourd, trop mauvais pour le dos, trop physique, trop... Pour la première fois de ma vie, c'est vraiment trop dur. Pourtant tu me connais, je n'abandonne pas facilement. Et puis, des saisons de fruits, j'en fais depuis des années. Quand il s'agit de fournir un effort physique, ou de faire preuve de volonté, je réponds présente. Mais là, je dois reconnaître que chaque jour ça devient plus difficile de me lever le matin, que chaque jour je suis tentée d'abandonner. Aujourd'hui, nous avons passé la journée à ramasser sous la pluie, et même moi au bout d'un moment, trempée jusqu'aux os, j'ai eu froid. Je t'assure.
Ce que je fais de mes journées ? J'ai traversé une grande période durant laquelle je n'ai contacté personne ici. Je ne voulais voir personne. Puis, lorsque F... est venue avec une amie, j'ai été à nouveau habituée à cette population extérieure que sont les amis, et je me suis aperçue que finalement ce n'était pas si mal pour se changer les idées. Depuis, j'ai vu quelques amis et amies ici. Fait une ou deux soirées. Le tout sans grande motivation, toujours en me traînant un peu, en me forçant, juste pour me sentir vivre un peu. Ca a marché parfois. Pourtant, paradoxalement c'est dans ces instants que tu me manques le plus ... Parce qu'avec les autres oui je suis bien, mais je ne peux m'empêcher, sans cesse, de me dire que j'aurais été mieux avec toi qu'avec quiconque.
Ce soir, mon amie d'enfance m'a emmenée dans une soirée où j'ai retrouvé une ou deux personnes que j'avais connues étant petite. Il y avait A..., que je n'avais pas vu depuis des années. Nous prenions des cours de dessin ensemble. J'avais quitté un garçon, j'ai retrouvé un homme. Il n'a pas changé, force tranquille, décontracté, à l'aise dans le contact humain, beaucoup d'humour. Il a grandi, il n'habite plus chez ses parents, et il a brillamment appris à faire la cuisine, comme il nous l'a prouvé ce soir. J'ai passé une bonne soirée. J'aime bien A..., il me fait rire, je me sens sereine avec lui, et il faisait tellement d'efforts pour me faire rire ce soir. Mais plus je pensais à toi, plus je le trouvais inintéressant. Terrible.
Bref, finalement, pour un résumé de mes journées, voici : je pense à toi.
Tu me dis dans ton mail que X..., entre autres, a oublié ton anniversaire. Ton frère, tu t'y attendais je crois. Je ne te dirai rien ailleurs qu'ici, parce que je ne suis pas objective. Mais tout de même, je pense à ce que tu as pu me dire. Qu'avec X... tu ne t'étais jamais sentie aimée comme tu l'aurais voulu, qu'il ne te faisait pas te sentir comme "Celle". Tu m'as annoncé il y a plusieurs semaines déjà que tu voulais retenter quelque chose avec lui, et je t'ai rappelé tout cela. Tu m'as répondu qu'il avait changé. Joli renouveau que de commencer par oublier ton anniversaire.
Forcément je compare, même s'il n'y a pas de comparaison possible. Lui. Moi. J'ai pensé à te souhaiter ton anniversaire, oui (comment oublier, j'y ai pensé les jours qui ont précédé, puis toute la journée, et, et ...), mais pour te souhaiter d'être malheureuse, dans mon égoïsme foudroyant. Ca t'a blessée je crois, et ce n'était pas le but. Tout ce que je voulais te dire, c'est à quel point ça fait mal de t'imaginer heureuse sans moi. Enfin, je n'aurais peut être pas du te le dire pour le jour de ton anniversaire, mais je ne me rendais pas compte que tu étais sensible à ce point ce jour-là.
Quoiqu'il en soit, le 4 août j'ai pensé à toi très fort, toute la journée, j'ai pensé que c'était ton anniversaire, et que j'aurais aimé être à la place de T... pour pouvoir le fêter avec toi.
Tu me manques, c'est une journée terrible encore. Encore une journée passée à me demander comment je vais m'en sortir. Comment je vais faire pour t'oublier. Comment je vais faire pour ne plus espérer. Dur.

Trajet qui nous prend huit heures. Les passagers sont curieux, une vieille dame s'amuse à me tâter les cuisses. Une Madame me parle, je ne comprends pas, elle écrit sur sa main, je ne comprends toujours pas. Je lui prends sa main, lui dessine un smiley dessus, elle rit. On rit.
Arrivée à Tra Vinh, il pleut.

Sur scène, un pianiste en smoking entame avec cérémonie les premiers accords de l’hymne à l’amour. Éclairage discret, ambiance intime, le public retient son souffle: on s’attend presque à voir surgir Piaf.
Au lieu de ça, une petite blonde pleine de pep’s fait son apparition, ciré jaune et casque de scooter sur la tête. Ton routinier et accent populaire, elle annonce sans préambule: “SOS Chanteuse à votre service”.
Le décor est planté, nous voilà embarqués dans un tourbillon de chansons et de rires. Car la mission de cette chanteuse frappadingue est de remplacer Piaf (excusez le peu), “défaillante” pour la soirée.
Petit à petit des liens se nouent: entre les personnages eux-mêmes évidemment, mais entre les personnages et le public aussi. Ce dernier sera largement mis à contribution...
Reprenant le repertoire de Piaf, la paire d’artistes va le revisiter: blues, rap, slam, disco, tous les genres y passent. Les chansons sont ponctuées par des réflexions sur la vie, les hommes, les femmes. On se prend à rire à gorge déployée et on se laisse envoûter par cette production originale et pleine de fraîcheur!
Au Palais des Glaces (http://www.palaisdesglaces.com/)
37, rue du Faubourg du Temple
75010 Paris
Une video avec un extrait du spectacle est visible ICI